Actualités au CdB (archives)

Parole à Regula Rytz

De Christine Werlé, 27 juin 2018

Conseillère nationale, Regula Rytz n’est pas seulement présidente des Verts suisses mais aussi co-présidente de Bern NEU gründen. Cette association veut renforcer l’identité de la ville fédérale en proposant la fusion de onze communes avoisinant Berne et promouvoir celle-ci comme l’une des métropoles de Suisse, place qu’elle n’a pas encore.

«NOUS VISONS 2030 POUR FUSIONNER DOUZE COMMUNES ET DE LA SORTE FORMER UN GRAND CENTRE URBAIN BERNOIS»

La fusion de douze communes avoisinantes de Berne, est-ce là l’unique but de Bern NEU gründen ?
A plus long terme oui mais à courte terme, l’objectif est de donner plus de poids aux communes périphériques aux alentours de Berne en intensifiant les échanges, en effaçant les différences et en diminuant la concurrence locale mais aussi en comblant des fossés idéologiques et historiques qui datent du siècle passé, comme par exemple celui entre la ville de Berne et la commune de Bremgarten, après que des projets de fusion du siècle passé aient échoué. A l’heure de la globalisation, du partenariat et de la collaboration, ces querelles sont devenues absurdes et nous aimerions jeter de nouveaux ponts entre les collectivités, casser un peu cet esprit de clocher qui n’a plus cours et qui empêche de se lancer dans des projets plus ambitieux mais aussi plus profitable pour les collectivités.

Où en est-on dans les réflexions d’une fusion pour former la Grande Berne ?
Bern NEU gründen a été fondé en 2009 et nous fêterons donc nos dix ans l’année prochaine. De ce fait, il nous paraît tout à fait réaliste de viser 2030 pour fusionner les douze communes concernées et de la sorte former un grand centre urbain bernois, tout en améliorant la collaboration entre les différentes entités politiques. On ne veut pas seulement additionner les populations en supprimant les frontières communales mais établir véritablement et durablement une nouvelle culture avec encore plus de démocratie participative. L’un de nos objectifs est que les habitants de Köniz, d’Ostermundigen ou de Kehrsatz soient aussi impliqués dans les choix et les décisions pour lesquelles ils ont également des intérêts. De plus, en regroupant les forces, les plus petites communes qui n’ont pas les moyens d’avoir des services prestataires au sein de leur administration pourront profiter de ceux des plus grandes communes qui en ont déjà, que cela soit pour l’accueil des enfants, la planification des infrastructures ou encore les structures scolaires. Dans certains cas, le « faire ensemble » peut également engendrer des économies d’échelle substantielles, tout en améliorant la qualité des services ainsi proposés.

Le Canton reconnaît-il votre action comme utile et vous soutient-il activement dans cette tâche?
Le Conseil d’État n’a jusqu’à peu pas été très actif dans le principe de fusion des communes et c’est seulement avec la publication dernièrement d’un rapport traitant des futures structures du canton qu’il s’est positionné sur la chose en articulant le nombre de 100 à 150 communes auquel on devrait tendre à l’avenir (ndr : contre 351 aujourd’hui). Le Conseil d’État de la dernière législature était d’avis que ce devraient être les toutes petites communes, qui aujourd’hui rencontrent des difficultés à trouver des gens pour les organes exécutifs et législatifs, qui devraient profiter de ces fusions et être soutenues. Par contre, aucun soutien financier n’a été prévu jusqu’alors pour la création d’une métropole bernoise qui se doit d’être, à notre avis, une fusion avec des vues stratégiques. Osons espérer que le nouveau Conseil d’État aura le courage de soutenir cette vision.

Qu’est-ce qu’une métropole bernoise pourrait changer dans le quotidien de ses habitants ?
Cela ne va pas changer grand-chose car les structures par quartier sont déjà en place. Bien sûr certains quartiers actuels de la ville vont s’agrandir, par exemple le quartier de Breintenrain dans lequel j’habite pourrait faire partie d’une plus grande circonscription englobant Ostermundigen, sans forcément en changer fondamentalement le visage et sans enlever de droits civiques à ses habitants, au contraire. L’idée de la grande fusion est plutôt de penser les frontières actuelles autrement et permettre ainsi la mise sur pied de projets pour la gestion de la chose publique plus ambitieux et qui sont trop coûteux à plus petite échelle, telle que la «e-gouvernance (ndr services administratifs en ligne) mais aussi de donner plus de poids pour revendiquer le maintien d’un studio de radio de la SFR dans notre belle ville (Rires).

Le bilinguisme dans les soins hospitaliers

De Christine Werlé, 18 avril 2018

SALE TEMPS POUR LE BILINGUISME DANS LES SOINS

Il n’est pas toujours facile de se faire soigner en français à l’Hôpital de l’Île à Berne. Des patients francophones s’en plaignent régulièrement. Le gouvernement bernois a tenu à leur rappeler qu’ils avaient le droit d’être traités dans leur langue officielle. Mais les temps sont durs pour le bilinguisme dans le canton.

Les patients francophones de l’Hôpital de l’Île à Berne, au même titre que ceux des hôpitaux de Bienne, peuvent demander à être pris en charge dans leur langue, et c’est alors à l’établissement hospitalier de s’organiser en conséquence. Ce droit, le Conseil d’Etat bernois a tenu à le rappeler dans un récent communiqué, suite aux plaintes régulièrement formulées par les francophones de la région.

A l’origine de ces réclamations? Des traitements en allemand seulement, des rapports médicaux non traduits ou un manque de places de formation en français. «Il est effectivement arrivé que des patients auraient souhaité qu’il y ait davantage de personnel qui maîtrise bien le français», confirme Katrin Leutwyler, de l’Office de médiation de l’Hôpital de l’Île. «La loi ne contraint pas nos collaborateurs à parler français, mais nous nous assurons que le patient a bien saisi les informations importantes transmises par l’équipe de médecins et de soignants. Il est cependant clairement établi que nous employons chez nous des personnes qui parlent le français.»

Il y aurait même beaucoup de collaborateurs francophones parmi les cadres si l’on en croit le conseiller d’Etat Pierre Alain Schnegg, fraîchement réélu au gouvernement bernois pour une nouvelle législature. «Ayant fait moi-même l’expérience à titre personnel, j’ai été surpris par la qualité des soins en français», renchérit-il.

Le ministre en charge du Département de la santé publique et de la prévoyance sociale reconnaît toutefois l’existence d’un manque au niveau du bilinguisme à l’Hôpital de l’Île. Selon lui, le problème viendrait de la pénurie de personnel soignant qualifié. «Il y a de moins en moins de médecins formés sous nos latitudes. Les hôpitaux sont donc forcés de recruter à l’étranger. Et bien sûr, les collaborateurs engagés ne parlent ni français, ni allemand», explique-t-il.

Des efforts consentis

Pour répondre à cette pénurie, le Conseil d’Etat bernois prévoit de créer 100 places de formation en médecine supplémentaires à l’Université de Berne. «En formant des étudiants sur place, nous contribuons à augmenter la sensibilité aux langues nationales», déduit Pierre Alain Schnegg.

De son côté, l’Hôpital de l’Île a également initié des projets bilingues, grâce aux aides fédérales aux cantons bilingues. «Les thèmes importants du site internet seront traduits en français. Mais pas le site tout entier», détaille le porte-parole de l’hôpital Roman Bühlmann. «Les brochures et les bulletins d’informations aux patients seront eux, par contre, entièrement traduits en français. Enfin, des formations et des cours en français seront proposés aux collaborateurs», ajoute-t-il.

Concernant les panneaux d’informations à l’intérieur de l’hôpital, partiellement ou pas du tout traduits, rien n’est en revanche prévu. En cause: les travaux d’extension du bâtiment à l’horizon 2050, selon le porte-parole de l’établissement. Pour Virginie Borel, directrice du Forum du bilinguisme à Bienne, «cela s’explique surtout par le fait que l’Hôpital de l’Île se trouve en territoire germanophone, et non bilingue comme c’est le cas des établissements hospitaliers biennois. La signalétique n’est donc pas essentiel. Elle dépend du nombre de malades francophones traités à Berne».

Moins d’argent pour le bilinguisme

Les efforts consentis afin d’améliorer la prise en charge des patients dans les deux langues officielles représente pourtant un surcoût élevé pour les hôpitaux du canton. Jusqu’en 2014, l’Hôpital de l’Île recevait encore une subvention cantonale pour couvrir les coûts engendrés par le bilinguisme. L’arrêt brutal de cette aide il y a quatre ans a entraîné une détérioration au niveau de l’accueil «linguistique» des malades. Désormais, l’hôpital ne peut plus compter que sur une subvention fédérale, qui a elle-même été réduite de moitié.

«La Confédération a taillé dans l’aide au bilinguisme. Il y a deux ans encore, le canton de Berne recevait, dans le cadre de la Loi sur les langues et la compréhension (LCC), une subvention de la Confédération aux cantons bilingues qui se montait à 436'000 francs par an. Aujourd’hui, cette aide n’est plus que de 250'000 francs», raconte Virginie Borel. «Autrement dit, des cacahuètes!»

Sur ces 250'000 francs, l'Hôpital de l'Île à Berne a touché 60’000 francs, ce qui lui a permis de proposer les cours de français au personnel et de financer les autres projets cités plus haut. Le bilinguisme va toutefois continuer de faire les frais des économies fédérales: la Confédération ayant décidé d’une nouvelle coupe de 2% sur toutes ses subventions, le montant à disposition pour le canton de Berne baissera à 245'000 francs.