Actualités au CdB (archives)

Parole à Beat Hächler, directeur du Musée Alpin Suisse

Contribution de Christine Werlé, 29 janvier 2019

Le Musée Alpin Suisse (alps) est sauvé. La Confédération est revenue sur la décision prise lors de l’été 2017 de réduire sa contribution de 75 %. Le Parlement a approuvé début décembre la demande d’augmenter la subvention à l’institution de 250 000 à 780 000 francs par an. Beat Hächler, directeur de l’alps, revient sur cette incroyable sauvetage.

 « SANS LE SOUTIEN DU PUBLIC, NOUS N’AURIONS JAMAIS PU CHANGER LA DÉCISION DU PARLEMENT »

Vous avez sauvé votre musée. Comment avez-vous réussi ce tour de force?

C’est le résultat de l’effort de beaucoup de gens. Le conseil de la fondation et l’équipe se sont montrés solidaires, et l’on peut dire que cette épreuve nous a soudés.  Nous avons aussi bénéficié de soutiens dans la Suisse entière, dans des branches aussi diverses que le tourisme, les sciences et la culture. Cette solidarité nous a aidé à motiver les politiciens du Parlement à s’engager pour le musée.

Comment cette solidarité nationale s’est-elle manifestée?

Nous avons lancé une action de sauvetage à l’automne 2017. Les gens pouvaient signer une pétition en ligne. À la fin, nous avions récolté quelque 16 000 signatures. Nous avons aussi reçu des milliers de mails, de commentaires et de lettres de soutien spontanés. Nous les avons d’ailleurs imprimés et nous les avons affichés dans les escaliers du musée. C’était impressionnant, c’était comme une tapisserie! On peut dire que cette crise a provoqué un renforcement du lien avec le public, ce qui est très positif. Sans cela, nous n’aurions jamais pu changer la décision du Parlement. Les politiciens ont ainsi vu que le Musée Alpin Suisse avait sa place dans le paysage culturel suisse.

À l’été 2017, le Parlement avait décidé de réduire sa contribution à votre musée de 75 %, soit 250 000 francs au lieu de 1 020 000 franc par an. Cela aurait-il signifie la fermeture du Musée Alpin Suisse?

Oui, c’était existentiel. Nous l’avons dit et ce n’était pas seulement une menace. Un manque à gagner de 770 000 francs, c’est énorme. Nous aurions pu nous arranger avec réduction de budget de 5 à 10 % mais pas davantage. De plus, nous n’avions qu’une année et demie pour accepter la décision de la Confédération. C’était trop court pour trouver une alternative.

Pourquoi avoir décidé de vous couper les vivres ?

Ce n’était pas à cause du musée lui-même. Personne n’est contre les montagnes ni contre un musée alpin! L’Office fédéral de la culture (OFC) a simplement changé son système de financement des musées. Il a décidé de financer 13 musées et non plus 7 comme auparavant. Le hic, c’est que l’enveloppe budgétaire est restée la même. Notre part de gâteau a donc diminué fortement. L’OFC n’a pas réfléchi aux effets catastrophiques de cette mesure.

À part de la Confédération, recevez-vous d’autres subventions ?

Oui, du canton de Berne. À hauteur de 780 000 francs par année.

L’Office fédéral de la culture a posé ses conditions à ce sauvetage: à l’avenir, vous ne serez plus soutenu dans la catégorie « Musées » mais dans la catégorie « Réseaux ». Qu’est-ce que cela veut-il dire?

Notre stratégie est désormais de mettre sur pied des projets communs avec des musées locaux de l’espace alpin, par exemple, ou des festivals. De conclure des partenariats pour présenter les thèmes des régions de montagne à l’extérieur et non plus de rester uniquement à Berne. Nous devenons en quelque sorte un centre de compétence national pour le patrimoine culturel alpin. En somme, on peut dire que, dorénavant, il y a deux parties dans la même institution: d’un côté le musée, qui est physiquement à Berne, et de l’autre, le réseau, qui fait des projets avec des partenaires extérieurs, surtout dans l’espace alpin, pas seulement en Suisse mais aussi en Europe.

 Vous activités muséales ici à Berne vont-elles pâtir de ce développement vers l’extérieur?

Avant, nous recevions 1 020 000 francs, et aujourd’hui, avec la décision de décembre du Parlement, 780 000 francs. Ces 240 000 francs en moins ne signifient pas seulement que nous devrons économiser sur des timbres ou du papier. Je réfléchis actuellement à différentes solutions: économiser dans les projets, prolonger d’un an à deux ans une grande exposition, trouver d’autres sources de financement, ou encore négocier avec les fondateurs historiques du musée: la ville, le canton, et le club alpin suisse. Il me faudra encore deux ou trois ans pour changer le système. Je n’ai pas de recette miracle. C’est une nouvelle aventure qui commence pour moi et le musée.

EMIL NOLDE, UNE EXPOSITION HAUTE EN COULEURS

Emil Nolde «Am Weintisch», 1911 © Nolde Stiftung Seebüll Photo: Atelier Elke Walford et Dirk Dunkelberg

Article rédigé par Valérie Lobsiger pour Aux arts etc, la plateforme culturelle francophone de Zurich, 28 novembre 2018 

DU LIEN QUI LIAIT EMIL NOLDE (1867-1956) ET PAUL KLEE (1879-1940), on n’apprendra pas grand-chose, pas en tout cas à l’exposition qui leur est consacrée. Une amitié entre leurs épouses Ada et Lily, une estime réciproque malgré des divergences politiques entre les deux peintres (Nolde continua de proclamer son appartenance au national-socialisme, même après saisie en 1937 de 1052 de ses œuvres dans les musées allemands tandis que Klee émigra à Berne dès 1933 après avoir été démis de son poste d’enseignant à Düsseldorf)… Guère plus, mais qu’importe. Elle est prétexte à explorer les sources d’inspiration de Nolde, ce contemporain de Klee dont l’œuvre sature de couleurs.

ISSU D’UNE FAMILLE DE PAYSANS, Emil fit à partir de 1884 un apprentissage de sculpteur sur bois et de dessinateur de meubles. C’est dans le monde alpestre qu’il puise tout d’abord son imagination, prêtant aux sommets alpins des visages de bons gros géants. En 1897, ces dessins sont édités sous forme de cartes postales qui lui rapportent de quoi s’offrir une vraie formation artistique. Ses premières figures grimaçantes, caractéristique récurrente du peintre, voient ainsi le jour. Autre source d’inspiration, la nature danoise du Jutland, empreinte des légendes nordiques dans lesquelles a baigné son enfance, qui lui souffle en 1901 ses créatures fantastiques. Il laisse le papier absorber l’aquarelle et dessine sur les formes spontanément apparues. On reste en arrêt devant « Avant le lever du soleil », une huile de 1901 où un dragon volant ressemblant à Dino, Le Petit Dinosaure, une série animée américaine trop connue, défie une sorte de gargouille menaçante taillée dans la roche. C’est à s’auto-flageller : pourquoi coller nos chères têtes blondes face à un écran devant tant de fantaisie préexistante…

UNE FORCE BRUTALE, UNE SENSUALITE SE DEGAGENT de ses toiles, à mi-chemin entre rêve et réalité. Des fantômes, des diables, des danseurs, des rois mages, des couples se reluquent, se défient ou s’affrontent ; des femmes dénudées attisent les tentations ; parfois dans une trêve, les lèvres vermillon se rapprochent. Cette lourde « Femme de mer » noire (huile de 1922), contorsionnée sur un rocher tandis que les vagues se déchaînent à deux pas, à l’épaisse et sombre chevelure, aux yeux injectés de sang, aux lèvres, aux doigts de mains et de pieds écarlates, n’est-elle pas menaçante ? Quels désirs obscurs réveille-t-elle à nos yeux fascinés ?

L’EMMENAGEMENT A BERLIN EN 1911 fait émerger sous son pinceau d’autres masques grimaçants : ceux de la bonne société s’encanaillant la nuit dans les cafés et cabarets où l’on s’enivre et où l’on danse. Deux traits blancs empâtés barrant une tache noire suffisent à suggérer une œillade lubrique, une épaisse ondulation carmin en guise de bouche évoque un sourire d’acceptation tacite. C’est rapide, cru, débridé, le tout dans une palette de tons chauds. Ca nous parle, expressif, efficace.

C’est aussi l’époque où Emil Nolde commence à s’intéresser à l’art ethnographique. Il fréquente assidûment trois hivers de suite le musée ethnologique de Berlin pour y reproduire à l’aquarelle statuettes et figurines en provenance de Nouvelle-Guinée. On les retrouve bientôt dans de multiples natures mortes à l’huile (telle « Figures exotiques », 1911), combinées à des porcelaines de Russie. Nolde croit à la nature originelle préservée. C’est même pour cela qu’il entame avec Ada un voyage en Papouasie-Nouvelle Guinée d’octobre 1913 à septembre 1914. Il y consigne ses impressions en accumulant les aquarelles.

A son retour, il se consacre à l’exotisme, au grotesque, au fantastique, signant un langage formel propre qu’il ne saurait abjurer, même pas par fidélité à l’Allemagne et à son Führer qui considère son art, amère déception, comme dégénéré. Klee reste à ses côtés « quand tout le monde se moque ». A la mort de Paul en 1940, Emil, après lui avoir rendu hommage, confesse: « Et pourtant son être, dans son tréfonds, est demeuré pour moi une énigme. Je n’ai jamais eu l’occasion d’un échange humain et amical avec lui ». Gageons que la réciproque était aussi vraie. Un autoportrait datant de 1917 placé à l’entrée de l’exposition nous accroche. Emil Nolde, moustache noire, panama, veste de lin blanche, cravate bleue assortie au bleu intense de ses yeux, nous fixe sans nous voir, de ses grosses pupilles dilatées. Son regard, fixé au loin, nous traverse. On croit l’entendre murmurer à son ami Hans Fehr que notre déchéance est en route et qu’elle est immuable.

Exposition « Emil Nolde », à voir du 17 novembre 2018 au 3 mars 2019, Centre Paul Klee, Monument im Fruchtland 3, 3006 Berne. T 031 359 01 01. www.zpk.org/fr/

Visites publiques en français les dimanche 20.01 et 3.03.2019 à 15h (CHF 5 + billet d'entrée). Performances de danse par Karin Minger les samedi 8.1218, 29.12.18, 19.01.19, 9.02.19 et 2.3.19 à 14 h (billet d'entrée).

«L'INCERTITUDE DANS LAQUELLE LA POPULATION RÉSIDENTE DOIT VIVRE EXIGE UNE ACTION CIBLÉE»

De Christine Werlé, 14 novembre 2018

Assis sur une poudrière. C’est un peu le sentiment des habitants de Mitholz, dans l’Oberland bernois. Théâtre d’une explosion meurtrière en 1947, le dépôt de munitions enfoui dans la montagne pourrait bien exploser encore une fois. C’est ce que révèle une analyse des risques présentée dernièrement par le Département de la protection de la population (DDPS). Un groupe de travail a été mis en place pour évaluer plus précisément le danger. A sa tête, Brigitte Rindlisbacher.

Sur une échelle de 1 à 10, à combien estimez-vous actuellement le risque d'explosion?

Le risque d'explosion ne peut être représenté sur une telle échelle. Voici ce que le rapport d'experts a révélé: la probabilité et l'ampleur possible d'une explosion de restes de munitions sont aujourd'hui estimées plus élevées qu'on ne l'avait supposé au cours des décennies précédentes.

Quelle quantité de munitions est enfouie dans le site? Pourquoi ne pas les avoir déjà évacuées?

Avant l'explosion de 1947, quelque 7000 tonnes brutes de munitions étaient entreposées. Une partie des munitions a ensuite été évacuée. Depuis lors, selon une estimation, jusqu’à 3500 tonnes brutes, soit plusieurs centaines de tonnes de substances explosives, sont restées sur place, sous les éboulis. Deux rapports, l’un de 1949 et l’autre de 1986, avaient conclu qu’une nouvelle explosion n’était certes pas totalement exclue, mais qu’un éventuel incident ne provoquerait que des dommages légers à l’intérieur du site et que celui-ci pouvait donc continuer à être exploité. En 1948, l’évacuation complète des restes de munitions avait été considérée comme trop risquée, essentiellement pour des raisons géologiques.

Est-il urgent de prendre des mesures? Lesquelles allez-vous prendre?

Les experts ont formulé diverses recommandations dans leur évaluation des risques. Le plus important est qu'il n'est pas nécessaire de prendre de mesures immédiates pour la population. L'évacuation du village ne s'impose donc pas pour le moment. Les experts ont par contre recommandé la fermeture immédiate du cantonnement de la troupe et d'un dépôt de la Pharmacie de l'armée. En effet, ceux-ci se trouvent dans l'installation même et donc à proximité immédiate des restes de munitions. Le cantonnement de la troupe est déjà fermé et la réserve de la Pharmacie de l'armée a été presque entièrement vidée. Enfin, dès qu’il a disposé de la nouvelle évaluation des risques, le DDPS a mis en place un groupe de travail. Le conseiller fédéral Parmelin m'en a confié la direction parce qu’en tant qu'ancienne secrétaire générale du DDPS, je connais bien la situation. Le groupe de travail a lancé les travaux tambour battant. Il s'agit notamment, comme l’a demandé le Conseil fédéral, de fournir des clarifications sur la réduction des risques, de procéder à des vérifications techniques (expertise géologique), de convenir d'une organisation d'urgence et de régler divers aspects juridiques.

Le bilinguisme dans les soins hospitaliers

De Christine Werlé, 18 avril 2018

SALE TEMPS POUR LE BILINGUISME DANS LES SOINS

Il n’est pas toujours facile de se faire soigner en français à l’Hôpital de l’Île à Berne. Des patients francophones s’en plaignent régulièrement. Le gouvernement bernois a tenu à leur rappeler qu’ils avaient le droit d’être traités dans leur langue officielle. Mais les temps sont durs pour le bilinguisme dans le canton.

Les patients francophones de l’Hôpital de l’Île à Berne, au même titre que ceux des hôpitaux de Bienne, peuvent demander à être pris en charge dans leur langue, et c’est alors à l’établissement hospitalier de s’organiser en conséquence. Ce droit, le Conseil d’Etat bernois a tenu à le rappeler dans un récent communiqué, suite aux plaintes régulièrement formulées par les francophones de la région.

A l’origine de ces réclamations? Des traitements en allemand seulement, des rapports médicaux non traduits ou un manque de places de formation en français. «Il est effectivement arrivé que des patients auraient souhaité qu’il y ait davantage de personnel qui maîtrise bien le français», confirme Katrin Leutwyler, de l’Office de médiation de l’Hôpital de l’Île. «La loi ne contraint pas nos collaborateurs à parler français, mais nous nous assurons que le patient a bien saisi les informations importantes transmises par l’équipe de médecins et de soignants. Il est cependant clairement établi que nous employons chez nous des personnes qui parlent le français.»

Il y aurait même beaucoup de collaborateurs francophones parmi les cadres si l’on en croit le conseiller d’Etat Pierre Alain Schnegg, fraîchement réélu au gouvernement bernois pour une nouvelle législature. «Ayant fait moi-même l’expérience à titre personnel, j’ai été surpris par la qualité des soins en français», renchérit-il.

Le ministre en charge du Département de la santé publique et de la prévoyance sociale reconnaît toutefois l’existence d’un manque au niveau du bilinguisme à l’Hôpital de l’Île. Selon lui, le problème viendrait de la pénurie de personnel soignant qualifié. «Il y a de moins en moins de médecins formés sous nos latitudes. Les hôpitaux sont donc forcés de recruter à l’étranger. Et bien sûr, les collaborateurs engagés ne parlent ni français, ni allemand», explique-t-il.

Des efforts consentis

Pour répondre à cette pénurie, le Conseil d’Etat bernois prévoit de créer 100 places de formation en médecine supplémentaires à l’Université de Berne. «En formant des étudiants sur place, nous contribuons à augmenter la sensibilité aux langues nationales», déduit Pierre Alain Schnegg.

De son côté, l’Hôpital de l’Île a également initié des projets bilingues, grâce aux aides fédérales aux cantons bilingues. «Les thèmes importants du site internet seront traduits en français. Mais pas le site tout entier», détaille le porte-parole de l’hôpital Roman Bühlmann. «Les brochures et les bulletins d’informations aux patients seront eux, par contre, entièrement traduits en français. Enfin, des formations et des cours en français seront proposés aux collaborateurs», ajoute-t-il.

Concernant les panneaux d’informations à l’intérieur de l’hôpital, partiellement ou pas du tout traduits, rien n’est en revanche prévu. En cause: les travaux d’extension du bâtiment à l’horizon 2050, selon le porte-parole de l’établissement. Pour Virginie Borel, directrice du Forum du bilinguisme à Bienne, «cela s’explique surtout par le fait que l’Hôpital de l’Île se trouve en territoire germanophone, et non bilingue comme c’est le cas des établissements hospitaliers biennois. La signalétique n’est donc pas essentiel. Elle dépend du nombre de malades francophones traités à Berne».

Moins d’argent pour le bilinguisme

Les efforts consentis afin d’améliorer la prise en charge des patients dans les deux langues officielles représente pourtant un surcoût élevé pour les hôpitaux du canton. Jusqu’en 2014, l’Hôpital de l’Île recevait encore une subvention cantonale pour couvrir les coûts engendrés par le bilinguisme. L’arrêt brutal de cette aide il y a quatre ans a entraîné une détérioration au niveau de l’accueil «linguistique» des malades. Désormais, l’hôpital ne peut plus compter que sur une subvention fédérale, qui a elle-même été réduite de moitié.

«La Confédération a taillé dans l’aide au bilinguisme. Il y a deux ans encore, le canton de Berne recevait, dans le cadre de la Loi sur les langues et la compréhension (LCC), une subvention de la Confédération aux cantons bilingues qui se montait à 436'000 francs par an. Aujourd’hui, cette aide n’est plus que de 250'000 francs», raconte Virginie Borel. «Autrement dit, des cacahuètes!»

Sur ces 250'000 francs, l'Hôpital de l'Île à Berne a touché 60’000 francs, ce qui lui a permis de proposer les cours de français au personnel et de financer les autres projets cités plus haut. Le bilinguisme va toutefois continuer de faire les frais des économies fédérales: la Confédération ayant décidé d’une nouvelle coupe de 2% sur toutes ses subventions, le montant à disposition pour le canton de Berne baissera à 245'000 francs.

Enseignement en français et en allemand à Berne

De Christine Werlé, 17 octobre 2018

Dès la rentrée d’août 2019, Berne proposera aux élèves dès le jardin d’enfants un enseignement en français et en allemand. Alors que dans d’autres cantons alémaniques, on veut repousser l’enseignement du français, la ville fédérale entend lancer un message politique clair en faveur du bilinguisme. Parole à Irene Hänsenberger, directrice du service scolaire de la ville de Berne.

« LA VILLE DE BERNE VEUT JOUER UN RÔLE DE PONT ENTRE LA SUISSE ROMANDE ET LA SUISSE ALÉMANIQUE »

Pourquoi avoir décidé d’introduire un cursus bilingue dès l’école enfantine?

Dans le canton de Berne, l’école obligatoire commence avec l’entrée à la maternelle. C'est pourquoi nous avons introduit les classes bilingues de la ville de Berne déjà à partir de l’école enfantine. En outre, le jardin d'enfants est très bien adapté à l'immersion dans la deuxième langue, car les enfants peuvent passer d’un monde linguistique à l’autre de manière ludique.

 La demande des familles francophones est-elle importante ? Combien de demandes avez-vous reçu?

Nos groupes cibles sont non seulement les familles francophones, mais également les familles bilingues. Mais les enfants germanophones et allophones devraient également avoir accès à ce cursus. La priorité est cependant donnée aux familles francophones et bilingues. Les parents ne pourront bénéficier de cette offre que dans le cadre des inscriptions à la maternelle. À l'heure actuelle, nous ne savons pas encore quelle est l’ampleur de la demande.

Jusqu’à quel âge les élèves pourront-ils suivre cet enseignement bilingue?

Dans un premier temps, le cursus s’étendra jusqu'à la fin du deuxième cycle, à savoir la sixième année scolaire. Mais dans un deuxième temps, et à condition que le concept soit un succès, nous étendrons l'offre à toute la période de scolarité obligatoire, c’est-à-dire jusqu'à la fin de la 9e année scolaire.

 Quand cet enseignement débutera-t-il et combien de classes y aura-t-il ?

Nous commencerons à l'été 2019 avec une classe de maternelle. Il est ensuite prévu, en plus de cette classe de maternelle, d’avoir trois classes : une classe pour la 1ère et la 2ème année scolaire, une classe pour la 3ème et 4ème année scolaire et une classe pour les 5ème et 6ème années scolaires.

Concrètement, comment l’enseignant va-t-il procéder? Va-t-il parler un peu en allemand et un peu en français? Ou alors certaines matières seront-elles enseignées en français et d’autres en allemand?

La moitié des matières seront enseignées en allemand et l'autre moitié en français.

 Cette filière bilingue, est-ce un message politique en faveur du bilinguisme à Berne?

Oui, définitivement. La ville de Berne veut jouer un rôle de pont entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Elle se considère comme une capitale mais aussi comme un lieu important où l’on cultive le bilinguisme.

Dix bonnes raisons de vivre à Berne

De Nicolas Steinmann, 15 août 2018

UNE VILLE OUVERTE SUR LES ARTS

Née à Liestal de parents jurassiens et ayant grandi dans les montagnes neuchâteloises, Evelyne Voumard a choisi voici 37 ans les bords de l’Aar pour réaliser son rêve musical : Hautboïste très précoce, elle a étudié au Conservatoire de musique de Berne (aujourd’hui la Haute Ecole des Arts) pour devenir concertiste puis soliste et y enseigner son instrument préféré.

En débarquant à vingt ans du Jura neuchâtelois dans la capitale helvétique, arrive-t-on avec des appréhensions face à une autre culture et une autre langue ?

Grâce à la discipline, valeur que j’ai apprise ici à Berne et que j’ai également dû pratiquer pour apprendre et enseigner la musique de manière professionnelle, je me suis rapidement intégrée et ai très vite pratiqué le suisse allemand.

Et comment les Bernois ont-ils accueilli une jeune Romande ?

Je me suis très rapidement intégrée. Quelques mois après avoir commencé mes études de musique, j’ai eu la chance de fréquenter une famille nombreuse d’artistes (ndlr la famille Demenga) dont chaque membre pratiquait ou pratique encore les arts de toutes les manières et ce, à un très haut niveau. Je me suis tout à coup retrouvée dans un cadre qui correspondait vraiment à ma nature, ce qui a grandement facilité mon intégration.

Qu’est-ce qui a beaucoup changé à Berne depuis lors?

Les trams (rires) ! A l’époque ils n’étaient pas seulement verts, mais les bancs étaient en bois et disposés sur deux rangées en longueur. Et maintenant ils sont rouges et plus confortables !

Et entre-temps, l’âme de la ville et de ses habitants a-t-elle beaucoup changé ?

Je ne sais pas dissocier la ville de moi-même et n’arrive pas à dire si c’est la ville qui a changé ou moi-même. Bien sûr, comme dans tout milieu urbain, bien des choses ont changé mais ma perception et mes intérêts également, ce qui fait que je perçois Berne d’une autre manière qu’à une époque pendant laquelle seule la musique comptait pour moi. La preuve, aujourd’hui je joue du saxophone dans un jazz band alors qu’à l’époque j’étais hautboïste et jouais du classique. Mais Berne reste toujours ma ville.

Si vous aviez à faire la promotion de Berne, quels aspects de la vie dans cette ville vanteriez-vous à une personne qui n’y est encore jamais venue?

Il y a toujours des choses à découvrir mais le marché de la Münstergasse les samedi matins est pour moi une tradition. Comment ne pas citer également les escaliers de la vieille ville ou encore la collégiale et sa plateforme. Du point de vue architectural, j’aime beaucoup les bâtiments rénovés de l’Ecole des Arts à la Papiermühlestrasse.. Et dans le domaine de la gastronomie, le restaurant Süder à la Weissensteinstrasse ou encore le Kirchenfeld à l’Helvetiaplatz comptent parmi mes préférés

Parole à Regula Rytz

De Christine Werlé, 27 juin 2018

Conseillère nationale, Regula Rytz n’est pas seulement présidente des Verts suisses mais aussi co-présidente de Bern NEU gründen. Cette association veut renforcer l’identité de la ville fédérale en proposant la fusion de onze communes avoisinant Berne et promouvoir celle-ci comme l’une des métropoles de Suisse, place qu’elle n’a pas encore.

«NOUS VISONS 2030 POUR FUSIONNER DOUZE COMMUNES ET DE LA SORTE FORMER UN GRAND CENTRE URBAIN BERNOIS»

La fusion de douze communes avoisinantes de Berne, est-ce là l’unique but de Bern NEU gründen ?
A plus long terme oui mais à courte terme, l’objectif est de donner plus de poids aux communes périphériques aux alentours de Berne en intensifiant les échanges, en effaçant les différences et en diminuant la concurrence locale mais aussi en comblant des fossés idéologiques et historiques qui datent du siècle passé, comme par exemple celui entre la ville de Berne et la commune de Bremgarten, après que des projets de fusion du siècle passé aient échoué. A l’heure de la globalisation, du partenariat et de la collaboration, ces querelles sont devenues absurdes et nous aimerions jeter de nouveaux ponts entre les collectivités, casser un peu cet esprit de clocher qui n’a plus cours et qui empêche de se lancer dans des projets plus ambitieux mais aussi plus profitable pour les collectivités.

Où en est-on dans les réflexions d’une fusion pour former la Grande Berne ?
Bern NEU gründen a été fondé en 2009 et nous fêterons donc nos dix ans l’année prochaine. De ce fait, il nous paraît tout à fait réaliste de viser 2030 pour fusionner les douze communes concernées et de la sorte former un grand centre urbain bernois, tout en améliorant la collaboration entre les différentes entités politiques. On ne veut pas seulement additionner les populations en supprimant les frontières communales mais établir véritablement et durablement une nouvelle culture avec encore plus de démocratie participative. L’un de nos objectifs est que les habitants de Köniz, d’Ostermundigen ou de Kehrsatz soient aussi impliqués dans les choix et les décisions pour lesquelles ils ont également des intérêts. De plus, en regroupant les forces, les plus petites communes qui n’ont pas les moyens d’avoir des services prestataires au sein de leur administration pourront profiter de ceux des plus grandes communes qui en ont déjà, que cela soit pour l’accueil des enfants, la planification des infrastructures ou encore les structures scolaires. Dans certains cas, le « faire ensemble » peut également engendrer des économies d’échelle substantielles, tout en améliorant la qualité des services ainsi proposés.

Le Canton reconnaît-il votre action comme utile et vous soutient-il activement dans cette tâche?
Le Conseil d’État n’a jusqu’à peu pas été très actif dans le principe de fusion des communes et c’est seulement avec la publication dernièrement d’un rapport traitant des futures structures du canton qu’il s’est positionné sur la chose en articulant le nombre de 100 à 150 communes auquel on devrait tendre à l’avenir (ndr : contre 351 aujourd’hui). Le Conseil d’État de la dernière législature était d’avis que ce devraient être les toutes petites communes, qui aujourd’hui rencontrent des difficultés à trouver des gens pour les organes exécutifs et législatifs, qui devraient profiter de ces fusions et être soutenues. Par contre, aucun soutien financier n’a été prévu jusqu’alors pour la création d’une métropole bernoise qui se doit d’être, à notre avis, une fusion avec des vues stratégiques. Osons espérer que le nouveau Conseil d’État aura le courage de soutenir cette vision.

Qu’est-ce qu’une métropole bernoise pourrait changer dans le quotidien de ses habitants ?
Cela ne va pas changer grand-chose car les structures par quartier sont déjà en place. Bien sûr certains quartiers actuels de la ville vont s’agrandir, par exemple le quartier de Breintenrain dans lequel j’habite pourrait faire partie d’une plus grande circonscription englobant Ostermundigen, sans forcément en changer fondamentalement le visage et sans enlever de droits civiques à ses habitants, au contraire. L’idée de la grande fusion est plutôt de penser les frontières actuelles autrement et permettre ainsi la mise sur pied de projets pour la gestion de la chose publique plus ambitieux et qui sont trop coûteux à plus petite échelle, telle que la «e-gouvernance (ndr services administratifs en ligne) mais aussi de donner plus de poids pour revendiquer le maintien d’un studio de radio de la SFR dans notre belle ville (Rires).