Actualités au Courrier de Berne (CdB)

Parole à Beat Hächler, directeur du Musée Alpin Suisse

Contribution de Christine Werlé, 29 janvier 2019

Le Musée Alpin Suisse (alps) est sauvé. La Confédération est revenue sur la décision prise lors de l’été 2017 de réduire sa contribution de 75 %. Le Parlement a approuvé début décembre la demande d’augmenter la subvention à l’institution de 250 000 à 780 000 francs par an. Beat Hächler, directeur de l’alps, revient sur cette incroyable sauvetage.

 « SANS LE SOUTIEN DU PUBLIC, NOUS N’AURIONS JAMAIS PU CHANGER LA DÉCISION DU PARLEMENT »

Vous avez sauvé votre musée. Comment avez-vous réussi ce tour de force?

C’est le résultat de l’effort de beaucoup de gens. Le conseil de la fondation et l’équipe se sont montrés solidaires, et l’on peut dire que cette épreuve nous a soudés.  Nous avons aussi bénéficié de soutiens dans la Suisse entière, dans des branches aussi diverses que le tourisme, les sciences et la culture. Cette solidarité nous a aidé à motiver les politiciens du Parlement à s’engager pour le musée.

Comment cette solidarité nationale s’est-elle manifestée?

Nous avons lancé une action de sauvetage à l’automne 2017. Les gens pouvaient signer une pétition en ligne. À la fin, nous avions récolté quelque 16 000 signatures. Nous avons aussi reçu des milliers de mails, de commentaires et de lettres de soutien spontanés. Nous les avons d’ailleurs imprimés et nous les avons affichés dans les escaliers du musée. C’était impressionnant, c’était comme une tapisserie! On peut dire que cette crise a provoqué un renforcement du lien avec le public, ce qui est très positif. Sans cela, nous n’aurions jamais pu changer la décision du Parlement. Les politiciens ont ainsi vu que le Musée Alpin Suisse avait sa place dans le paysage culturel suisse.

À l’été 2017, le Parlement avait décidé de réduire sa contribution à votre musée de 75 %, soit 250 000 francs au lieu de 1 020 000 franc par an. Cela aurait-il signifie la fermeture du Musée Alpin Suisse?

Oui, c’était existentiel. Nous l’avons dit et ce n’était pas seulement une menace. Un manque à gagner de 770 000 francs, c’est énorme. Nous aurions pu nous arranger avec réduction de budget de 5 à 10 % mais pas davantage. De plus, nous n’avions qu’une année et demie pour accepter la décision de la Confédération. C’était trop court pour trouver une alternative.

Pourquoi avoir décidé de vous couper les vivres ?

Ce n’était pas à cause du musée lui-même. Personne n’est contre les montagnes ni contre un musée alpin! L’Office fédéral de la culture (OFC) a simplement changé son système de financement des musées. Il a décidé de financer 13 musées et non plus 7 comme auparavant. Le hic, c’est que l’enveloppe budgétaire est restée la même. Notre part de gâteau a donc diminué fortement. L’OFC n’a pas réfléchi aux effets catastrophiques de cette mesure.

À part de la Confédération, recevez-vous d’autres subventions ?

Oui, du canton de Berne. À hauteur de 780 000 francs par année.

L’Office fédéral de la culture a posé ses conditions à ce sauvetage: à l’avenir, vous ne serez plus soutenu dans la catégorie « Musées » mais dans la catégorie « Réseaux ». Qu’est-ce que cela veut-il dire?

Notre stratégie est désormais de mettre sur pied des projets communs avec des musées locaux de l’espace alpin, par exemple, ou des festivals. De conclure des partenariats pour présenter les thèmes des régions de montagne à l’extérieur et non plus de rester uniquement à Berne. Nous devenons en quelque sorte un centre de compétence national pour le patrimoine culturel alpin. En somme, on peut dire que, dorénavant, il y a deux parties dans la même institution: d’un côté le musée, qui est physiquement à Berne, et de l’autre, le réseau, qui fait des projets avec des partenaires extérieurs, surtout dans l’espace alpin, pas seulement en Suisse mais aussi en Europe.

 Vous activités muséales ici à Berne vont-elles pâtir de ce développement vers l’extérieur?

Avant, nous recevions 1 020 000 francs, et aujourd’hui, avec la décision de décembre du Parlement, 780 000 francs. Ces 240 000 francs en moins ne signifient pas seulement que nous devrons économiser sur des timbres ou du papier. Je réfléchis actuellement à différentes solutions: économiser dans les projets, prolonger d’un an à deux ans une grande exposition, trouver d’autres sources de financement, ou encore négocier avec les fondateurs historiques du musée: la ville, le canton, et le club alpin suisse. Il me faudra encore deux ou trois ans pour changer le système. Je n’ai pas de recette miracle. C’est une nouvelle aventure qui commence pour moi et le musée.

EMIL NOLDE, UNE EXPOSITION HAUTE EN COULEURS

Emil Nolde «Am Weintisch», 1911 © Nolde Stiftung Seebüll Photo: Atelier Elke Walford et Dirk Dunkelberg

Article rédigé par Valérie Lobsiger pour Aux arts etc, la plateforme culturelle francophone de Zurich, 28 novembre 2018 

DU LIEN QUI LIAIT EMIL NOLDE (1867-1956) ET PAUL KLEE (1879-1940), on n’apprendra pas grand-chose, pas en tout cas à l’exposition qui leur est consacrée. Une amitié entre leurs épouses Ada et Lily, une estime réciproque malgré des divergences politiques entre les deux peintres (Nolde continua de proclamer son appartenance au national-socialisme, même après saisie en 1937 de 1052 de ses œuvres dans les musées allemands tandis que Klee émigra à Berne dès 1933 après avoir été démis de son poste d’enseignant à Düsseldorf)… Guère plus, mais qu’importe. Elle est prétexte à explorer les sources d’inspiration de Nolde, ce contemporain de Klee dont l’œuvre sature de couleurs.

ISSU D’UNE FAMILLE DE PAYSANS, Emil fit à partir de 1884 un apprentissage de sculpteur sur bois et de dessinateur de meubles. C’est dans le monde alpestre qu’il puise tout d’abord son imagination, prêtant aux sommets alpins des visages de bons gros géants. En 1897, ces dessins sont édités sous forme de cartes postales qui lui rapportent de quoi s’offrir une vraie formation artistique. Ses premières figures grimaçantes, caractéristique récurrente du peintre, voient ainsi le jour. Autre source d’inspiration, la nature danoise du Jutland, empreinte des légendes nordiques dans lesquelles a baigné son enfance, qui lui souffle en 1901 ses créatures fantastiques. Il laisse le papier absorber l’aquarelle et dessine sur les formes spontanément apparues. On reste en arrêt devant « Avant le lever du soleil », une huile de 1901 où un dragon volant ressemblant à Dino, Le Petit Dinosaure, une série animée américaine trop connue, défie une sorte de gargouille menaçante taillée dans la roche. C’est à s’auto-flageller : pourquoi coller nos chères têtes blondes face à un écran devant tant de fantaisie préexistante…

UNE FORCE BRUTALE, UNE SENSUALITE SE DEGAGENT de ses toiles, à mi-chemin entre rêve et réalité. Des fantômes, des diables, des danseurs, des rois mages, des couples se reluquent, se défient ou s’affrontent ; des femmes dénudées attisent les tentations ; parfois dans une trêve, les lèvres vermillon se rapprochent. Cette lourde « Femme de mer » noire (huile de 1922), contorsionnée sur un rocher tandis que les vagues se déchaînent à deux pas, à l’épaisse et sombre chevelure, aux yeux injectés de sang, aux lèvres, aux doigts de mains et de pieds écarlates, n’est-elle pas menaçante ? Quels désirs obscurs réveille-t-elle à nos yeux fascinés ?

L’EMMENAGEMENT A BERLIN EN 1911 fait émerger sous son pinceau d’autres masques grimaçants : ceux de la bonne société s’encanaillant la nuit dans les cafés et cabarets où l’on s’enivre et où l’on danse. Deux traits blancs empâtés barrant une tache noire suffisent à suggérer une œillade lubrique, une épaisse ondulation carmin en guise de bouche évoque un sourire d’acceptation tacite. C’est rapide, cru, débridé, le tout dans une palette de tons chauds. Ca nous parle, expressif, efficace.

C’est aussi l’époque où Emil Nolde commence à s’intéresser à l’art ethnographique. Il fréquente assidûment trois hivers de suite le musée ethnologique de Berlin pour y reproduire à l’aquarelle statuettes et figurines en provenance de Nouvelle-Guinée. On les retrouve bientôt dans de multiples natures mortes à l’huile (telle « Figures exotiques », 1911), combinées à des porcelaines de Russie. Nolde croit à la nature originelle préservée. C’est même pour cela qu’il entame avec Ada un voyage en Papouasie-Nouvelle Guinée d’octobre 1913 à septembre 1914. Il y consigne ses impressions en accumulant les aquarelles.

A son retour, il se consacre à l’exotisme, au grotesque, au fantastique, signant un langage formel propre qu’il ne saurait abjurer, même pas par fidélité à l’Allemagne et à son Führer qui considère son art, amère déception, comme dégénéré. Klee reste à ses côtés « quand tout le monde se moque ». A la mort de Paul en 1940, Emil, après lui avoir rendu hommage, confesse: « Et pourtant son être, dans son tréfonds, est demeuré pour moi une énigme. Je n’ai jamais eu l’occasion d’un échange humain et amical avec lui ». Gageons que la réciproque était aussi vraie. Un autoportrait datant de 1917 placé à l’entrée de l’exposition nous accroche. Emil Nolde, moustache noire, panama, veste de lin blanche, cravate bleue assortie au bleu intense de ses yeux, nous fixe sans nous voir, de ses grosses pupilles dilatées. Son regard, fixé au loin, nous traverse. On croit l’entendre murmurer à son ami Hans Fehr que notre déchéance est en route et qu’elle est immuable.

Exposition « Emil Nolde », à voir du 17 novembre 2018 au 3 mars 2019, Centre Paul Klee, Monument im Fruchtland 3, 3006 Berne. T 031 359 01 01. www.zpk.org/fr/

Visites publiques en français les dimanche 20.01 et 3.03.2019 à 15h (CHF 5 + billet d'entrée). Performances de danse par Karin Minger les samedi 8.1218, 29.12.18, 19.01.19, 9.02.19 et 2.3.19 à 14 h (billet d'entrée).

«L'INCERTITUDE DANS LAQUELLE LA POPULATION RÉSIDENTE DOIT VIVRE EXIGE UNE ACTION CIBLÉE»

De Christine Werlé, 14 novembre 2018

Assis sur une poudrière. C’est un peu le sentiment des habitants de Mitholz, dans l’Oberland bernois. Théâtre d’une explosion meurtrière en 1947, le dépôt de munitions enfoui dans la montagne pourrait bien exploser encore une fois. C’est ce que révèle une analyse des risques présentée dernièrement par le Département de la protection de la population (DDPS). Un groupe de travail a été mis en place pour évaluer plus précisément le danger. A sa tête, Brigitte Rindlisbacher.

Sur une échelle de 1 à 10, à combien estimez-vous actuellement le risque d'explosion?

Le risque d'explosion ne peut être représenté sur une telle échelle. Voici ce que le rapport d'experts a révélé: la probabilité et l'ampleur possible d'une explosion de restes de munitions sont aujourd'hui estimées plus élevées qu'on ne l'avait supposé au cours des décennies précédentes.

Quelle quantité de munitions est enfouie dans le site? Pourquoi ne pas les avoir déjà évacuées?

Avant l'explosion de 1947, quelque 7000 tonnes brutes de munitions étaient entreposées. Une partie des munitions a ensuite été évacuée. Depuis lors, selon une estimation, jusqu’à 3500 tonnes brutes, soit plusieurs centaines de tonnes de substances explosives, sont restées sur place, sous les éboulis. Deux rapports, l’un de 1949 et l’autre de 1986, avaient conclu qu’une nouvelle explosion n’était certes pas totalement exclue, mais qu’un éventuel incident ne provoquerait que des dommages légers à l’intérieur du site et que celui-ci pouvait donc continuer à être exploité. En 1948, l’évacuation complète des restes de munitions avait été considérée comme trop risquée, essentiellement pour des raisons géologiques.

Est-il urgent de prendre des mesures? Lesquelles allez-vous prendre?

Les experts ont formulé diverses recommandations dans leur évaluation des risques. Le plus important est qu'il n'est pas nécessaire de prendre de mesures immédiates pour la population. L'évacuation du village ne s'impose donc pas pour le moment. Les experts ont par contre recommandé la fermeture immédiate du cantonnement de la troupe et d'un dépôt de la Pharmacie de l'armée. En effet, ceux-ci se trouvent dans l'installation même et donc à proximité immédiate des restes de munitions. Le cantonnement de la troupe est déjà fermé et la réserve de la Pharmacie de l'armée a été presque entièrement vidée. Enfin, dès qu’il a disposé de la nouvelle évaluation des risques, le DDPS a mis en place un groupe de travail. Le conseiller fédéral Parmelin m'en a confié la direction parce qu’en tant qu'ancienne secrétaire générale du DDPS, je connais bien la situation. Le groupe de travail a lancé les travaux tambour battant. Il s'agit notamment, comme l’a demandé le Conseil fédéral, de fournir des clarifications sur la réduction des risques, de procéder à des vérifications techniques (expertise géologique), de convenir d'une organisation d'urgence et de régler divers aspects juridiques.

Enseignement en français et en allemand à Berne

De Christine Werlé, 17 octobre 2018

Dès la rentrée d’août 2019, Berne proposera aux élèves dès le jardin d’enfants un enseignement en français et en allemand. Alors que dans d’autres cantons alémaniques, on veut repousser l’enseignement du français, la ville fédérale entend lancer un message politique clair en faveur du bilinguisme. Parole à Irene Hänsenberger, directrice du service scolaire de la ville de Berne.

« LA VILLE DE BERNE VEUT JOUER UN RÔLE DE PONT ENTRE LA SUISSE ROMANDE ET LA SUISSE ALÉMANIQUE »

Pourquoi avoir décidé d’introduire un cursus bilingue dès l’école enfantine?

Dans le canton de Berne, l’école obligatoire commence avec l’entrée à la maternelle. C'est pourquoi nous avons introduit les classes bilingues de la ville de Berne déjà à partir de l’école enfantine. En outre, le jardin d'enfants est très bien adapté à l'immersion dans la deuxième langue, car les enfants peuvent passer d’un monde linguistique à l’autre de manière ludique.

 La demande des familles francophones est-elle importante ? Combien de demandes avez-vous reçu?

Nos groupes cibles sont non seulement les familles francophones, mais également les familles bilingues. Mais les enfants germanophones et allophones devraient également avoir accès à ce cursus. La priorité est cependant donnée aux familles francophones et bilingues. Les parents ne pourront bénéficier de cette offre que dans le cadre des inscriptions à la maternelle. À l'heure actuelle, nous ne savons pas encore quelle est l’ampleur de la demande.

Jusqu’à quel âge les élèves pourront-ils suivre cet enseignement bilingue?

Dans un premier temps, le cursus s’étendra jusqu'à la fin du deuxième cycle, à savoir la sixième année scolaire. Mais dans un deuxième temps, et à condition que le concept soit un succès, nous étendrons l'offre à toute la période de scolarité obligatoire, c’est-à-dire jusqu'à la fin de la 9e année scolaire.

 Quand cet enseignement débutera-t-il et combien de classes y aura-t-il ?

Nous commencerons à l'été 2019 avec une classe de maternelle. Il est ensuite prévu, en plus de cette classe de maternelle, d’avoir trois classes : une classe pour la 1ère et la 2ème année scolaire, une classe pour la 3ème et 4ème année scolaire et une classe pour les 5ème et 6ème années scolaires.

Concrètement, comment l’enseignant va-t-il procéder? Va-t-il parler un peu en allemand et un peu en français? Ou alors certaines matières seront-elles enseignées en français et d’autres en allemand?

La moitié des matières seront enseignées en allemand et l'autre moitié en français.

 Cette filière bilingue, est-ce un message politique en faveur du bilinguisme à Berne?

Oui, définitivement. La ville de Berne veut jouer un rôle de pont entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Elle se considère comme une capitale mais aussi comme un lieu important où l’on cultive le bilinguisme.