Articles en ligne du Courrier de Berne

VIVRE À BERNE EN ÉTANT ITALOPHONE : RÉCITS D’INTÉGRATION DE QUATRE TESSINOIS

En 2024, Berne comptait quelque 2908 italophones, soit une proportion de 4,4% selon les statistiques de la Ville. C’est presque autant que les francophones, qui au nombre de 3655, représentent 6,3% de la population totale.  Comment vivent-ils leur intégration ? C’est la question que nous avons posée à quatre Tessinois.

Arrivée à Berne depuis son Tessin natal en janvier 2019, Chantal Rossini a travaillé à l’état-major du Secrétariat général du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) jusqu’en août 2025. Puis, en septembre, elle a rejoint la Centrale d’engagement et d’alarme de l’Office fédéral de la police (fedpol). « J’ai voulu me remettre en question et changer complètement de vie. Je dois tout apprendre depuis le début et je travaille désormais en horaires irréguliers, y compris de nuit », raconte-t-elle.

La Tessinoise reconnaît être « plus ou moins » bien intégrée à Berne.  « Les gens sont très disponibles et gentils, mais en même temps très réservés ou plutôt, j’utiliserais l’expression allemande « zurückhaltend ». Cela rend la socialisation difficile et empêche souvent d’aller au-delà de relations superficielles », confie-t-elle. Peut-être pour cette raison, elle n’envisage pas de rester dans la ville fédérale une fois à la retraite.

Dans sa vie sociale, Chantal Rossini fréquente peu de Bernois, leur préférant des personnes venues d’autres régions de Suisse, sans se limiter aux italophones. Lorsqu’on lui demande s’il est possible de vivre dans la cité des ours en ne parlant qu’italien, elle répond qu’il existe plusieurs associations italophones, telles que BAC, Arsibe, Pro Ticino. « Cependant, si l’on veut s’intégrer, ou du moins essayer, l’italien seul ne suffit pas », estime-t-elle.

UNE INTÉGRATION PARTIELLE

Tania Cresta partage une expérience différente, marquée par la durée. Employée à l’Administration fédérale des contributions (AFC) depuis septembre 1996, elle a d’abord travaillé pendant vingt ans dans une équipe italophone, où elle conseillait les contribuables domiciliés au Tessin. Depuis 2017, elle exerce dans une autre division, toujours au sein de l’AFC.

La Tessinoise se considère comme partiellement intégrée. « Mon niveau d’intégration est favorisé par la présence de ma famille : mon mari est également tessinois et sa sœur, avec sa famille, vit dans les environs de Berne, ce qui nous permet de nous voir régulièrement. Nous disposons en outre d’un cercle restreint de connaissances. Toutefois, le fait de rentrer fréquemment au Tessin durant les week-ends ne facilite pas la construction d’un réseau social plus large au niveau local », explique-t-elle.

De plus, la non-maîtrise du dialecte bernois constitue un obstacle, selon elle. « Dans des contextes de groupe, il peut arriver que l’on ait le sentiment de créer une difficulté de communication, puisque les interlocuteurs doivent recourir à l’allemand standard », observe-t-elle. Avec le temps cependant, et grâce à une meilleure connaissance mutuelle, voisins et connaissances tendent à adapter leur manière de s’exprimer.

Avant la naissance de ses enfants, Tania Cresta fréquentait principalement des italophones, notamment en raison de son engagement de longue date au sein du comité de l’association Pro Ticino Berne, ainsi que des francophones, « avec lesquels la communication était plus immédiate ». Son activité professionnelle à plein temps et ses retours fréquents au Tessin laissaient peu de place à un véritable ancrage local.

Grâce à ses enfants, aujourd’hui adolescents, Tania Cresta a progressivement élargi son réseau social, en côtoyant notamment des parents bernois. « Il reste toutefois plus naturel d’établir des relations avec des personnes italophones ou francophones, en raison d’une plus grande fluidité dans la communication », admet-elle.

Pour la Tessinoise, il est tout à fait possible de vivre à Berne en ne parlant que l’italien. « Dans la vie quotidienne, on parvient généralement à se faire comprendre sans difficulté particulière. Dans le cadre scolaire également, notamment lors des entretiens avec les enseignants, la communication s’est toujours déroulée de manière efficace », rapporte-t-elle.

La question de rester ou non dans la ville fédérale après la retraite est actuellement en discussion au sein de sa famille. « Un retour au Tessin reste ouvert, notamment parce que nous n’avons jamais coupé les liens avec nos proches et nos amis d’enfance, et que nos parents résident toujours dans le canton », déclare la Tessinoise. Pour l’instant toutefois, la famille entend rester à Berne afin de permettre aux enfants de terminer leur formation scolaire en langue allemande et de disposer ainsi de meilleures perspectives d’avenir.

Tania Cresta relève également que, grâce au télétravail, un éventuel déménagement au Tessin serait compatible avec son activité professionnelle, moyennant une présence à Berne d’un à deux jours par semaine.

LA DIFFICULTÉ DE SE FAIRE DES AMIS

Arrivé en 2018 d’Italie avec son épouse, Simone Covino a lui aussi construit une carrière professionnelle dans la cité des ours. Après avoir exercé plusieurs emplois, il travaille depuis près de deux ans comme assistant juridique auprès du Secrétariat d’État aux questions financières internationales (SFI). « Ayant décidé de vivre à Berne, mon objectif professionnel était précisément de travailler pour la Confédération », retrace-t-il.

Le Romain affirme « se sentir bernois », même s’il ne maîtrise pas très bien le dialecte local. « Le fait de travailler comme fonctionnaire renforce mon sentiment d’intégration dans la société suisse. La ville dégage un mélange d’efficacité suisse et de bonhomie bernoise. Berne est très belle, propre et accueillante, et c’est un plaisir de vivre dans un cadre où les règles sont claires et les transports publics ponctuels », détaille-t-il. Toutefois, comme ses autres compatriotes transalpins, Simone Covino reconnaît qu’il est un peu difficile de se faire des amis parmi la population locale. « Berne n’est pas une grande métropole », souligne-t-il.

Son cercle social est néanmoins très diversifié. « La musique est mon hobby, et elle me permet de rencontrer des Bernois, des Italiens, des Espagnols, des Latino-Américains et même des Japonais. Au travail, je suis en contact avec des Suisses issus de toutes les régions linguistiques », poursuit-il.

A son arrivée, Simone Covino parlait déjà bien l’allemand, le français et l’anglais. « Si je devais donner un conseil à un italophone qui s’installe ici sans connaître d’autres langues, je lui suggérerais avant tout d’apprendre le dialecte local. Bon courage! », lance-t-il avec humour.

Et envisage-t-il sa retraite dans la ville fédérale ? « Nous aimerions bien, mais étant arrivés à Berne à un âge déjà relativement avancé, notre pension rendra probablement la vie ici assez difficile sur le plan financier », confesse-t-il.

UNE RETRAITE AU TESSIN

Enfin, Laura Antonini a rejoint Berne en février 2013. Employée à l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), où elle dirige le service consacré aux systèmes de chauffage renouvelables, la Tessinoise se sent bien intégrée, même si elle ne me considère pas comme une «Bernoise». Grâce à son travail et à la scolarité de ses filles, elle a pu développer un bon réseau de connaissances, et la ville lui est devenue familière.

« Il est toutefois vrai qu’il n’est pas facile d’entrer dans la communauté bernoise, car beaucoup de personnes se connaissent depuis l’enfance et entretiennent des liens très forts. Cela dit, il ne s’agit pas d’un milieu qui exclut les non-Bernois: il est simplement plus difficile d’intégrer ces cercles », explique-t-elle.

Son cercle social est à la fois composé de Bernois et d’italophones. « D’un côté, j’aime maintenir un lien avec la langue italienne et je m’efforce donc de cultiver des amitiés et des contacts avec des italophones. De l’autre, vivant à Berne depuis longtemps, je participe aussi à des activités avec des Bernois », déclare Laura Antonini.

Pour elle, on peut vivre à Berne en ne parlant que l’italien. « Parlant couramment allemand, je ne sais pas exactement ce que l’on ressent sans cette compétence, mais il y a tellement d’italophones actifs dans tous les domaines que cela semble tout à fait envisageable. Il m’arrive pratiquement tous les jours d’entendre parler italien en ville, dans les magasins, chez le médecin ou à l’école. J’imagine toutefois que, sans parler allemand, on vit un peu dans une réalité parallèle », estime la Tessinoise.

La question de la retraite à Berne s’est évidemment posée. « Difficile à dire, mais mon mari et moi aimerions aller vivre au Tessin. Il y a clairement une envie de revenir dans ma région d’origine, même si je devrais y reconstruire un réseau de contacts qui, après de nombreuses années d’absence, s’est en partie dissipé », conclut-elle.

Propos recueillis par Christine Werlé, mai 2026

Quand Berne renoue avec la culture viti-vinicole : Le vin troublant des vignes du… Trou Blanc

Crédit photo © Max Saladin

Bien que le vignoble ait presque entièrement disparu des coteaux de la Cité des Ours à la fin du XVIIme, Matthias Rindisbacher cultive à nouveau la vigne depuis près de dix ans. Dès son enfance, il s’est senti attiré par la viticulture, une passion héritée de ses parents qui possédaient un « rustico » avec des vignes à Laurò, près de Bellinzona. Après avoir commencé en 2003 la production de vin dans le quartier du Kirchenfeld et, dès 2006, planté des vignes dans son village natal de Seftigen, cet architecte de formation, devenu vigneron sur le tard, a réintroduit en 2017 une tradition dans le vallon du Wyssloch, entre l’Egelsee et le Centre Paul Klee, en y plantant près d’un hectare et demi de vigne. Au total, les trois vignobles couvrant une superficie totale de 2.7 hectares produisent du merlot, du gamaret, du pinot noir et du Sauvignac. Ainsi, en hiver, les enfants lugent sur le versant ombragé du Wyssloch, alors que la vigne pousse sur le versant ensoleillé. Rencontre à la Weinmanufaktur Bern au n° 1 du Dählhölzliweg pour un passionnant échange avec un amateur de vin passionné.

Depuis plusieurs années, de nombreuses micro-brasseries ont vu le jour à Berne et dans les environs. Peut-on imaginer une tendance similaire pour la viticulture sur les coteaux de la ville ?
Le vin étant un produit régional, la culture de la vigne nécessite des parcelles adaptées, alors que l'urbanisation croissante a envahi les anciens vignobles. Il existe certes quelques vignes près de la Matte ainsi que des vignobles plus importants à Muri, Ostermundigen et Thörishaus, mais la récolte de ces vignobles est vinifiée chez un vigneron à Anet et non à Berne. C'est pourquoi pas je ne pense pas que nous assisterons à un développement similaire de la viticulture à celui observé ces dernières années pour les microbrasseries.

Peut-on faire un parallèle entre la vigne et l’architecture ?
L’art de l’architecture consiste à aménager et à organiser le paysage de manière à le rendre utilisable, ce qui, entre nous soit dit, n’est pas toujours le cas. Il en va de même pour les vignobles : ils doivent être structurés de manière appropriée pour pouvoir être exploités, comme on peut le voir le long des rives du Lac de Bienne, du Lac de Neuchâtel ou du Léman. Oui, à mon avis, il existe effectivement une similitude entre l’activité d’un vigneron et celle d’un architecte en termes de planification et de construction.

Diriez-vous que la production de vin à Berne est l’une des dix bonnes raisons d’y vivre ?
Il est vrai que les Suisses romands ont une plus grande culture du vin que les Suisses alémaniques et qu'ils apprécient particulièrement le vin blanc. Si cela pouvait inciter davantage de Suisses romands à s'installer à Berne, je trouverais cela bien (rires). Sérieusement, ce que je regrette un peu dans notre société actuelle et que j'observe à Berne, c'est que nous sommes en train de perdre la tradition de l'apéritif telle qu'on la connaît encore en Suisse romande. Les gens qui se retrouvent au restaurant pour manger ne se parlent plus, car ils sont trop occupés à se montrer des photos sur leurs téléphones portables. C'est pourquoi nous proposons un programme appelé BAR & KLUB afin de promouvoir la culture de l'apéritif et la convivialité, plutôt que de se concentrer sur les réseaux sociaux. À la Weinmanufaktur, nous organisons également des expositions afin de réunir l'art et le vin et de rassembler les gens autour d'un verre.

Les coups de cœur de Matthias Rindisbacher :
• Le Sauvignac, un cépage issu du croisement entre le Riesling et le Sauvignon blanc, cultivé sur la parcelle du Wyssloch.
• Les "Caves ouvertes de Suisse alémanique" qui auront lieu cette année les 1er, 2 et 3 mai 2026 à la Weinmanufaktur Berne, Dählhölzliweg 1, dans le quartier du Kirchenfeld.
• Le café Klösterli, en bas du Klösterlistutz.

Plus d’informations sur www.weinmanufaktur.ch

Journées des portes ouvertes des caves bernoises du 1er au 3 mai 2026 : Offene Weinkeller 2026 - Hier findest du die teilnehmenden Weingüter

Propos recueilli par Nicolas Steinmann, mars 2026

Fermeture de la librairie Payot à Berne

La librairie Payot à Berne a fermé ses portes à l’été 2024, sans un bruit, à peine deux ans après son retour en fanfare dans la Ville fédérale. Aucune communication officielle n’a été faite, ni de la part du libraire lausannois, ni de la part du bernois Stauffacher, filiale d’Orell Füssli, chez qui Payot a emménagé. A l’heure des questions, les deux librairies étaient toujours réticentes à donner des explications.

« LA FRÉQUENTATION N’A PAS PERMIS DE TROUVER L'ÉQUILIBRE SUR LE PLAN FINANCIER POUR LA LIBRAIRIE »

Pourquoi avoir fermé Payot à Berne?
La Direction générale de Payot: Le partenariat avec Orell Füssli a permis à Payot Libraire de revenir à Berne après 25 ans d'absence et ainsi de renouer avec une clientèle qui était ravie
de retrouver l’enseigne Payot. Malgré ce capital sympathie, la fréquentation n’a pas permis de trouver l'équilibre sur le plan financier pour la librairie.

Quels étaient les chiffres de la fréquentation? Et en termes de chiffre d'affaires?
La Direction générale de Payot: Nous avons pour pratique de ne pas communiquer de chiffres sur l’exploitation de nos magasins.
Bureau de presse d’Orell Füssli : De manière générale, nous ne communiquons pas de chiffres, ni en ce qui concerne le chiffre d’affaires, ni la fréquentation.

Quel était l'objectif visé au départ?
Bureau de presse d’Orell Füssli: Notre librairie Stauffacher à Berne propose depuis de nombreuses années un assortiment très attractif de livres en langue française. La collaboration avec Payot – avec qui nous entretenons une relation à la fois partenariale et amicale – avait pour objectif de développer encore davantage cette offre existante.
La Direction générale de Payot: La collaboration entre les deux enseignes a facilité le transfert de l'exploitation de l’activité. L’objectif était de maintenir une offre en livres francophones.
Bureau de presse d’Orell Füssli : Lorsque Payot a décidé de mettre fin à la gestion autonome du rayon installé dans notre librairie en août 2024, il a été convenu d’un commun accord que l’assortiment de livres en langue française serait à nouveau géré directement par l’équipe de Stauffacher – comme c’était déjà le cas avant le début de la collaboration.

Pourquoi le logo Payot est-il resté?
La Direction générale de Payot: Cette collaboration se poursuit, c’est pourquoi l’enseigne de Payot Libraire est toujours présente.
Bureau de presse d’Orell Füssli : Dans certains domaines, nous continuons, selon les besoins, à bénéficier de l’expertise et du soutien de Payot. C’est également l’une des raisons pour lesquelles la marque Payot a été conservée.

Aux questions de savoir si la concurrence avec Internet avait joué un rôle, si Payot avait sous-estimé l'appétit des francophones de Berne pour la lecture et si Payot et Berne, c'était définitivement une affaire classée, aucune réponse n’a été apportée.

Propos recueillis par Christine Werlé /photo de Christine Werlé
novembre 2025

Trop fortes chutes de neige à Berne!

Tiefbauamt Stadt Bern /DR

Les 21 novembre 2024, les fortes chutes de neige ont paralysé les transports publics et la circulation à Berne. Pour couronner le tout, la voirie n’a pas assuré le déneigement ce jour-là et le suivant. Bilan : la police bernoise a fait état de 27 accidents de la route en ville. Stefan Schärer, responsable de l’entretien des routes et du service hivernal à la Direction des ponts et chaussées de la Ville de Berne, revient sur les raisons de ce cafouillage.

« IL S’AGISSAIT D’UNE SÉRIE DE CIRCONSTANCES AGGRAVANTES»

Les 21 novembre dernier, le service hivernal de la Ville de Berne n’est pas intervenu pour déblayer la neige alors que le chaos régnait en ville et sur les routes. Pour quelles raisons ? Les chutes de neige du 21 novembre étaient extraordinaires à plusieurs égards. D’une part, il est tombé beaucoup plus de neige que ce que les prévisions météorologiques laissaient supposer. D’autre part, le gros de la tempête s’est produit exactement pendant l’heure de pointe du soir, ce qui a causé d’importants problèmes de circulation avec des véhicules bloqués sur les routes. Les véhicules de déneigement des services de la voirie se sont retrouvés bloqués dans les bouchons et n’ont pas pu accomplir leur tâche comme prévu. De plus, à cause du trafic, la neige a été comprimée sur la chaussée, ce qui a formé des couches de glace et a rendu le déneigement encore plus difficile. Cette situation problématique n’a pas concerné seulement Berne, mais aussi de nombreuses autres villes suisses. Les équipes de déneigement ont dû évacuer environ 600 tonnes de neige du centre-ville au cours des jours suivants, afin que les élections municipales et le marché aux oignons (« Zibelemärit ») puissent se dérouler normalement. Cette opération a été très coûteuse en ressources et a nécessité l’intervention de forces supplémentaires, ce qui a eu pour conséquence que le déneigement des rues résidentielles, des passages piétons et des pistes cyclables a dû être effectué plus tard.

Ces chutes de neige étaient pourtant prévues…
Oui, le service de la voirie était bien préparé à l’arrivée de l’hiver. Dès que les chutes ont commencé, les équipes de déneigement ont été envoyées sur le terrain. La Direction des ponts et chaussées a mis en action tout le personnel et tous les véhicules disponibles (100 personnes et 50 véhicules). Mais, comme mentionné plus haut, les difficultés liées au trafic du soir ont surgi.

Combien de neige est tombée ce jour-là à Berne ?
Le service de la voirie ne dispose pas de données exactes sur les quantités de neige tombées, mais il semble qu’il y ait eu environ 30 cm.

Pourquoi le chaos a-t-il duré si longtemps, à savoir jusqu’au 22 novembre ?
Comme expliqué, il s’agissait d’une série de circonstances aggravantes : quantité de neige, moment des chutes de neige, événements au centre-ville. À partir de dimanche soir, l’accent a été mis sur le déneigement des arrêts de transports publics et des passages piétons, puis le déneigement des quartiers et des pistes cyclables a été pris en charge. Le fait que le déneigement n’ait pas pu être effectué selon les priorités habituelles et dans les créneaux horaires prévus lors de ce phénomène météorologique exceptionnel était malheureusement inévitable. En règle générale, par exemple, les principales pistes cyclables sont déneigées au niveau de priorité 1, c’est-à-dire avec la même urgence que les axes de transports publics. Cela peut être mis en œuvre lors d’événements météorologiques hivernaux normaux, comme le montrent les expériences des années passées. Fin novembre 2024, ce n’était pas possible en raison des raisons mentionnées précédemment.

Avez-vous déjà tiré un bilan de cet incident ?
Les responsables du service hivernal de la Ville de Berne ont analysé ce qui s’est passé après le 21 novembre et effectué des ajustements. Certains itinéraires seront modifiés à l’avenir et certaines responsabilités revues. De plus, il est prévu d’informer plus tôt en cas d’événements météorologiques extrêmes et de mieux coordonner la communication avec Bernmobil. Il y a donc effectivement quelques enseignements à tirer de cet incident. Cependant, il est important de souligner une nouvelle fois que les équipes du service de la voirie ont donné leur maximum et que tout le personnel disponible a été mobilisé en permanence. Il convient également de mentionner que, ces dernières années, le service de déneigement a été quelque peu réduit, tant en termes de personnel que de financement, en raison des hivers plus doux causés par le changement climatique et des restrictions budgétaires imposées par la politique.

Un tel fiasco est-il déjà survenu ?
Les hivers à Berne sont, en raison du réchauffement climatique, beaucoup plus doux que ceux du siècle dernier. De ce fait, des événements météorologiques comme celui du 21 novembre sont perçus comme particulièrement frappants (et contraignants) : les habitants ne sont plus habitués à devoir faire face à des perturbations dues à la neige, à la pluie ou au vent, et ils ne sont parfois pas préparés. Par exemple, certains véhicules circulaient encore avec des pneus d’été le 21 novembre. Toutefois, ces dernières années, il y a eu occasionnellement des chutes de neige abondantes qui ont largement paralysé la circulation pendant plusieurs heures. Il est en effet difficile de déneiger en peu de temps les 650 kilomètres de routes et environ 320 kilomètres de trottoirs de la ville de Berne.

Berne a-t-elle besoin d’une milice de déneigement volontaire, comme cela a été suggéré dans la presse alémanique ?
Cette idée semble être une bonne solution sur le papier, mais elle serait difficilement réalisable dans la pratique : qui équiperait cette milice ? Qui la formerait ? Qui coordonnerait les efforts ? Qui réveillerait les volontaires à 3 heures du matin ? La réponse est donc non. Le service hivernal de la Ville de Berne convient bien mieux pour ce genre de tâches.

Propos recueillis par Christine Werlé, janvier 2025

Dix bonnes raisons d’habiter à Berne

BERNE : UNE VILLE À LA CONVIVIALITÉ TRANQUILLE

Après avoir passé 7 ans à la tête de la SRG SSR, Gilles Marchand va non seulement quitter son poste mais également Berne où il avait élu domicile lors de sa nomination. Sociologue de formation puis successivement directeur de la TSR qu’il transformera en RTS avec la fusion de la radio et de la télévision romande, ce Vaudois mais aussi Genevois de cœur évoque sa relation particulière avec Berne au cours de ces années passées dans la ville fédérale. Propos recueillis sous forme de bilan dans son bureau à la Giacomettistrasse.

Dans une fonction telle que celle que vous avez endossé jusqu’ici à la tête des médias publics nationaux, est-ce une nécessité d’élire domicile à Berne en plus d’y avoir son bureau ?
C’était dès le départ une certitude pour moi qu’il fallait habiter Berne mais aussi un message du Romand que je suis aux Alémaniques. Lorsque j’ai été élu à ce poste en 2016, j’ai décidé de consacrer quatre mois afin de parfaire ma maîtrise de l’allemand que je pratiquais de manière plutôt passive dans mes fonctions précédentes. Je voulais acquérir une meilleure pratique de la langue car diriger une équipe majoritairement germanophone sans maîtriser suffisamment l’allemand est quelque chose d’impossible. Après cet apprentissage intensif, j’ai quitté Genève pour m’établir avec ma famille à Berne dans le quartier d’Hirschengraben. Selon moi, on ne peut pas être directeur de la SSR sans habiter Berne, le cœur de la politique fédérale. De plus, Berne est plus centrale que toutes les villes romandes, ce qui est un aspect particulièrement important pour de telles fonctions car on est constamment en déplacement dans toute la Suisse.

Dans votre relation à la ville de Berne depuis que vous y avez élu domicile, lequel des deux a conquis l’autre ?
Ni l’un, ni l’autre. Pour moi, ma relation avec Berne a été exclusivement liée à mon métier. En choisissant Hirschengraben comme premier domicile, nous étions comme l’on pourrait dire un peu « hors sol » car le quartier est dans les faits un lieu de passage intégral dans lequel il n’y a que des passants mais pas de résidents. Si par sa proximité avec les transports publics le lieu était pratique par rapport à mes nombreux déplacements professionnels, durant les week-ends, nous nous retrouvions seuls dans l’immeuble dans lequel nous habitions, celui-ci se vidant de tous ses occupants de la semaine. Nous étions donc géographiquement connectés à Berne mais pas vraiment sociologiquement ni émotionnellement. Au Hirschengraben, il n’y n’a pas véritablement de vie de quartier. C’est en déménageant quelques années plus tard au Kirchenfeld que notre relation à Berne a radicalement changé. C’est là que nous avons connu ce que l’on peut appeler une vie de quartier. Ce qui me plaît particulièrement dans ce quartier et qui me fait un bien fou, c’est qu’on y entend différentes langues : S’il y a bien une chose qui m’a manqué en quittant Genève, c’est bien la dimension cosmopolite, chose qui fait défaut à Berne, une ville très helvétique, alémanique… et pas si francophile que ce que l’on veut bien croire. De toutes ces années passées ici, j’ai vraiment l’impression d’avoir vécu dans deux ou trois « Berne » différentes. Je ne dirais donc pas que la ville m’a adopté ou que je l’ai conquise car finalement, nous avons les deux coexisté, avec pour ma part un très fort ancrage professionnel.

La fin de vos activités professionnelles signifie votre départ de Berne puisque vous retournez habiter en Romandie. Quels sont les choses que vous allez regretter de Berne ?
D’une manière générale, Berne est une ville très douce et très plaisante, surtout l’été avec ses terrasses où il fait bon vivre. J’ai aimé ce côté ville-village un peu spécial, presque provençal, tout comme les différents quartiers, avec chacun leur identité propre. Il y a toutefois ici une caractéristique très particulière que l’on ne retrouve nulle part ailleurs : c’est la convivialité tranquille de la ville et de ses habitants. Il m’arrive souvent de me rendre à Genève, à Lausanne ou même à Paris, des villes qui sont certes conviviales mais pas du tout tranquilles. Ce mariage entre convivialité et tranquillité est une particularité de Berne qui va certainement me manquer.

Interview de Nicolas Steinmann, octobre 2024

BERNE ÉTUDIE LES EFFETS D’UNE RÉGULATION DU CANNABIS

La régulation du marché du cannabis n’est qu’une question de temps en Suisse. À Berne, une étude sur les effets sanitaires et sociaux d’une distribution contrôlée de cannabis devrait démarrer à l’automne.

Cela fait longtemps que la réglementation de la vente de cannabis fait l’objet de discussions en Suisse. Classé comme stupéfiant, le cannabis contenant plus de 1% de Tetrahydrocannabinol (THC), est interdit dans notre pays. Néanmoins, beaucoup en consomment à des fins récréatives, ce qui a pour effet de créer un marché noir, avec tous les effets négatifs que cela peut impliquer. En 2021, la modification de la loi sur les stupéfiants (LStup) a marqué un tournant en permettant la réalisation d’essais pilotes sur une distribution contrôlée de cannabis. À la suite de quoi, des chercheuses et chercheurs de l’Université de Berne ont décidé de relancer l’étude prévue en 2017, qui n’avait pas pu être conduite à l’époque, faute de cadre réglementaire le permettant. L’étude vise à examiner scientifiquement les effets sanitaires et sociaux de la vente réglementée de cannabis en pharmacie.

Approuvée en mai dernier par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et financée par le Fonds national suisse (FNS), l’étude SCRIPT devrait donc démarrer à l’automne, non seulement à Berne, mais aussi à Bienne et à Lucerne. Ses résultats devraient contribuer à la base de discussion pour une future réglementation du cannabis.

Participer plutôt que de laisser faire

La régulation de la «beuh» n’est en effet probablement qu’une question de temps, et les gens doivent s’y préparer. «Les autorités veulent réguler? Très bien. Le but de notre étude est de faire une proposition de régulation stricte est d’en étudier les effets.», explique Reto Auer, médecin de famille et coordinateur de l’étude SCRIPT à l’Université de Berne, qui propose que les professionnel(le)s de santé publique, les autorités sanitaires et la communauté participent au débat et de ne pas laisser l’industrie bourgeonnante du cannabis définir seule le cadre réglementaire.

«En tant que chercheurs, nous n’avons pas à être pour ou contre une régulation. Ce n’est pas notre rôle. C’est au politique de décider comment réguler le cannabis à l’avenir. Nous espérons que les résultats de l’étude pourront contribuer aux débats. La Commission Fédérale des Questions liées aux Addictions (CFANT) recommande que le cannabis soit accessible, mais pas promu. Il s’agit d’éviter d’ouvrir les vannes du jour au lendemain, comme au Colorado, où des enfants ont fini à l’hôpital car ils avaient avalé accidentellement des bonbons au cannabis peu sécurisés. Il ne faut pas non plus encourager la vente et la consommation avec de la publicité. La CFANT ne recommande pas que le cannabis soit vendu en grandes surfaces. En gros, il s’agit de ne pas faire la même erreur qu’avec le tabac et l’alcool», poursuit Reto Auer. C’est pourquoi l’étude sera réalisée selon un «modèle à but non-lucratif», c’est-à-dire sans générer de profit pour les points de vente, avec interdiction stricte de publicité, formation du personnel et le cannabis vendu dans des «paquets neutres».

Le choix des produits en pharmacie

Concrètement, le plan est de recruter 1091 participant(e)s dans les trois villes sélectionnées, dont environ 700 à Berne. Les personnes participant à l'étude seront des personnes qui consomment régulièrement du cannabis, âgé(e)s d’au moins 18 ans. La moitié d’entre elles pourra continuer d’acheter du cannabis sur le marché noir, tandis que l’autre moitié pourra acheter des produits fabriqués spécifiquement pour l'étude dans des pharmacies sélectionnées, et dont la concentration en THC sera limitée à 20% au maximum.

«Ils auront le choix entre des fleurs de cannabis, des résines de cannabis, du cannabis à vapoter et des teinture de cannabis à usage oral», détaille Reto Auer. Les prix de vente tiendront compte de la teneur en substance active, des prix pratiqués sur le marché illicite, et couvriront les frais des pharmacies, sans générer de profits pour les pharmacies.

Faire d’une pierre deux coups

L’étude SCRIPT vise à évaluer les conséquences de la vente réglementée de cannabis sur le comportement de consommation et la santé des fumeurs de joints. Elle vise en particulier à encourager le changement de consommation de formes fumées de cannabis et tabac vers des formes à risque réduit. «La grande majorité des personnes qui consomment du cannabis le fument et fument également des cigarettes de tabac. Le personnel de pharmacie pourra conseiller et informer les personnes participant à l’étude sur d’autres formes de consommation de cannabis et de nicotine moins nocives pour la santé, comme par exemple la vaporisation, le vapotage de cannabis ou les formes orales de cannabis tout comme les formes alternatives de consommer la nicotine», indique Reto Auer. «On espère ainsi que 10 à 20% des personnes participant à l’étude change de méthode.»

Pour la collecte des données, les personnes participant à l’étude devront se rendre au centre d’étude lors du lancement du projet, puis six mois plus tard. Ensuite, elles seront invitées à répondre à un questionnaire par téléphone ou par mail tous les six mois. L’étude SCRIPT durera au maximum deux ans.

Christine Werlé, août 2023

BERNE, UNE VILLE AUX ACCENTS MUSICAUX

Amoureuse de l’allemand et musicienne, la Genevoise Loreen Häsler s’est retrouvée sur les bords de l’Aar après un parcours atypique, mais surtout éclectique, inspiré par les études, l’envie de retrouver ses origines asiatiques (sa mère est cambodgienne) et le fort désir de faire de la musique : Bâle, Zurich, Vienne, le Cambodge, Baden, Berthoud et dernièrement la Grèce, avant de venir accrocher ses pénates à Berne pour une partie de la semaine. C’est lors de la période de confinement, il y a deux ans, qu’elle a commencé à jouer de la contrebasse dans les rues de la Cité des Ours, où de belles rencontres et des amitiés ont débouché sur un premier album musical du groupe fraîchement constitué « Chloe et Les Vaillantes ».

Qu’est-ce qui vous plaît à Berne et pourquoi y avoir élu domicile ?
Par sa position géographique et sa rivière, Berne m’a toujours plu. L’un de mes premiers contacts s’est fait pendant le confinement, alors que je jouais de la contrebasse dans les rues (désertes) et que j’habitais à Berthoud. Je pense que c’est grâce aux rencontres que j’ai faites qu’un lien particulier s’est tissé avec la population bernoise. Jouer dans les rues, c’est un peu se mettre à nu et tenter d’accrocher les passants sans savoir si notre musique leur plaît ou pas. Et quand ils s’arrêtent, cela débouche sur le partage d’un moment particulier, une sorte de complicité. Comme les répétitions avec notre groupe Chloé et les Vaillantes se font ici, je partage pour l’heure mon temps entre Berne et Genève, car j’ai aussi besoin de garder le contact avec ma famille.

Quels sont les lieux de Berne qui vous interpellent particulièrement ?
Berme a plusieurs facettes qui m’ont toujours plu, comme sa position géographique ou encore cette « presqu’île » du centre historique, enserrée par les méandres de l’Aar et sa couleur parfois émeraude. De manière plus détaillée, autant la communauté d’Anstadt (ndlr : près du Gaskesselwerk) que les arcades sont des aspects contrastés de Berne qui me parlent et me plaisent. J’ai l’impression que la façon dont Berne est construite reflète le côté tranquille de ses habitantes et ses habitants. Quand je suis à Berne, j’ai l’impression d’être invitée à être en paix. De plus, on y parle le « Bärndütsch », la langue que mon grand-père parlait (sourire gêné).

Berne est une ville un peu contrastée, avec des endroits très habités et d’autres, très verts et plus calmes. Y a-t-il un endroit particulier où vous vous rendez volontiers ?
Vu que je pratique également de la danse avec du feu, il y a un endroit que j’affectionne particulièrement pour m’entraîner en été, c’est le Dalmaziwiese (ndlr : à côté du Marzilibrücke), là où les gens font du slackline et du yoga. En hiver, on a la chance d’avoir la salle de gymnastique d’Altenberg qui est mise deux fois par semaine à la disposition des artistes et des gens qui pratiquent ce genre d’activités.

Si vous deviez quitter Berne, que prendriez-vous dans vos bagages ?
L’Aar et tous les chemins qui la bordent et les escaliers qui y mènent depuis la vieille ville. Et il y a une chose que je n’ai pas encore faite et que je me réjouis de faire cet été, c’est la descente de l’Aar en bateau gonflable. Je n’aimerais pas quitter la ville avant d’avoir pu pratiquer cette tradition typiquement bernoise (Rires).

Les coups de cœur de Loreen Häsler :

-  Le Rosengarten et les succulents tiramisus du restaurant éponyme
-  Le Lentulus-Hubel pour les couchers de soleil
-  Le public bernois, chaleureux et respectueux des artistes
-  Le Mahogany (là où a eu lieu le vernissage de l'album Footsteps de Cloe et les Vaillantes

Pour écouter l’album Footsteps, rendez-vous sur Chloe et Les Vaillantes ou l’émission de Carnotzet Voltaire de Radio Bern RaBe dans laquelle deux des protagonistes ont été reçues par Laure Thorens : Folk éclectique – Chloe et Les Vaillantes – Radio Bern RaBe

Propos recueillis par Nicolas Steinmann, avril 2023