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Sommaire du N° 8/2011

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Tu ne tueras point

Thématique récurrente à travers les âges, les crimes ont toujours fasciné le public. Lancée un mois après le 10e anniversaire des attentats du 11-Septembre, l'exposition «Crimes de sang. Une exposition sur la vie», du Musée historique de Berne, s'interroge sur nos valeurs et nos limites. Rencontre avec Michèle Thüring, responsable Marketing & communication du musée.

- Comment vous est venue l'idée d'une exposition sur les crimes?
- En tant que musée historique, nous aimerions aussi présenter des thèmes actuels, qui préoccupent les gens. Le thème du crime est exactement de ceux-là. Nous avons commencé par trois constats: le commandement «Tu ne tueras point» est profondément ancré dans nos valeurs culturelles, et cela malgré le fait que des meurtres se produisent tous les jours dans le monde. Que ce soit dans les médias, les films ou la littérature, nous sommes toujours confrontés avec des crimes réels ou inventés, qui montrent les limites et les tabous des actions humaines. D'un côté, ces histoires satisfont un besoin largement répandu de curiosité et de sensations fortes. De l'autre, elles provoquent des discussions autour de l'attitude à adopter avec les tueurs et autour des raisons de leurs actes. Précisons encore que l'exposition est une coopération avec le Musée d'histoire de la Ville de Luxembourg.

- Qu'est-ce que le visiteur va trouver dans cette exposition?
- L'exposition «Crimes de sang» met en lumière le phénomène dans ses dimensions actuelles et historiques. Des questions comme «Que vaut ma vie?», «Les soldats, héros ou meurtriers?» «La folie meurtrière – court-circuit ou mise en scène préméditée?», «Entre dégoût et fascination – pourquoi regarde-t-on?» et «Élucidation du crime – est-ce que rien n'échappe à la police?» accompagnent le visiteur à travers 15 sections thématiques sur presque 800 m2 d'exposition. On y évoque des aspects aussi divers que la question de la valeur d'une vie humaine, les dieux assassins, la guerre, le terrorisme, les tueurs fous, ainsi que des meurtriers et des crimes de sang ayant fait sensation, l'élucidation des faits ou les problématiques de la répression et de la prévention. En soulevant une foule de questions, l'exposition contribue à stimuler la réflexion et le débat.

- Pourquoi, selon vous, les crimes fascinent-ils?
- Notre exposition a pour objectif de provoquer le débat, et pas de nous présenter comme une autorité. Ce que nous voulons, c'est donner matière à réflexion. Dans l'une des salles de l'exposition, nous développons le thème «Les tueurs en série - pourquoi le mal fascine-t-il?». D'où vient cette fascination? Est-ce un effet de l'horreur, une envie de provocation ou de transgression? Le fait est que, oui, les tueurs en série font peur et fascinent tout à la fois. On fait des films sur eux, on écrit des livres... leurs noms deviennent même des marques commerciales! Les tueurs en série eux-mêmes reçoivent des demandes en mariage, des contrats avec des éditeurs, et ont des communautés de fans. Personnellement, je ne m'achèterais pas un T-shirt avec «Jack l'Eventreur» écrit dessus!

- Les crimes sont-ils prévisibles?
- La recherche scientifique à travers la psychologie, la médecine et la génétique tend à vouloir rendre les crimes prévisibles et par là même à les rendre évitables. Dans le passé, les tentatives pour reconnaître les «tueurs-nés» grâce à des marques physiques distinctives se sont soldées par des échecs. On peut se demander si, aujourd'hui, nous ne sommes pas blasés face aux erreurs judiciaires.

- Est-ce que tout le monde est susceptible de commettre un crime un jour?
- Dans l'exposition, nous posons la question, à travers un jeu, de savoir jusqu'où une personne est prête à aller et dans quelles circonstances elle serait prête à tuer. Par légitime défense? Pour renverser une tyrannie? Par jalousie? Parce qu'elle souffre d'une maladie incurable? Au final, il n'y a qu'un petit pourcentage de personnes qui passeraient à l'acte.

- L'exposition parle aussi du terrorisme au travers d'objets liés aux attentats du 11-Septembre... Quels sont ces objets et d'où viennent-ils?
- Nous montrons des débris d'un avion, des deux tours et un drapeau américain en lambeaux qui ont été récupérés aux alentours du World Trade Center. Ces objets proviennent de la collection «World Trade Center» du New York State Museum, à Albany.

Propos recueillis par Christine Werlé