L'objectif principal du CAF est le renforcement du bilinguisme
Le Conseil des affaires francophones (CAF), basé à Bienne, est chargé de défendre les intérêts de la minorité francophone du canton de Berne. Après quatre ans d'existence, cette institution tire un bilan positif de sa première législature. Parole à Béatrice Sermet-Nicolet, présidente du CAF.
- Quel bilan tirez-vous de votre première législature?
- La législature 2006-2010 se terminera le 31 mai 2010. Le CAF dresse un bilan positif de ses quatre premières années d'activités. La masse de travail fournie par le CAF, considérable, s'est accrue au fil des ans. La Loi sur le Statut particulier du Jura bernois et du district bilingue de Bienne (LStP) qui définit les compétences respectives du Conseil du Jura bernois (CJB) et du Conseil des affaires francophones du district bilingue de Bienne (CAF) a permis d'accorder au Jura bernois un statut particulier facilité par la mise sur pied d'un CAF. En effet, il n'aurait pas été acceptable que des représentants du district bilingue de Bienne siégeant au CJB puissent participer aux décisions concernant exclusivement le Jura bernois. Le CAF, qui partage des compétences en matière scolaire avec le CJB, offre aux francophones du district de Bienne la possibilité d'exprimer leur avis à ce sujet et de donner des préavis quant aux subventions culturelles, voire dans d'autres domaines importants tels que la justice et la santé, pour autant qu'il s'agisse d'affaires concernant la population francophone. Après quatre ans, on constate que le CAF est devenu une sorte de centre de compétences pour les affaires francophones du district bilingue de Bienne, une plate-forme qui recense les intérêts des francophones du district, les défend et entretien des relations de partenariat avec des interlocuteurs à plusieurs niveaux : canton, région (CJB), communes (Ville de Bienne et commune d'Evilard). Une ligne de conduite est ainsi définie, indépendante des partis politiques. Le CAF a effectué un travail de fond important, qui, s'il n'est pas toujours spectaculaire, est bien réel. Le CAF n'a donc pas perdu de vue son objectif principal, à savoir le renforcement du bilinguisme dans le district de Bienne.
- Quelles sont les actions que vous avez entreprises qui ont été couronnées de succès?
- Durant cette législature, le CAF a été consulté au sujet de 114 projets culturels et l'octroi de subventions annuelles à plus d'une vingtaine d'institutions du district bilingue de Bienne. Dans la plupart des cas, son avis ne divergeait pas de celui de l'Office cantonal de la culture. Il s'est engagé notamment en faveur du soutien aux Spectacles français de Bienne et au Festival français du Film d'Helvétie (FFFH). Ses propositions de soutien à des projets qui concernent l'ensemble de la partie francophone du canton de Berne (AEPOL, ACEL, Opéra Don Giovanni, Expo Retrotabula, Usine Sonore) ont été entendues et acceptées. Le secrétaire général du CAF est associé aux travaux de révision de la Loi sur l'encouragement à la culture (LEAC, mise en œuvre de la Stratégie culturelle) ce qui réjouit le CAF, car cette manière de procéder est nouvelle.
- L'administration cantonale bernoise vous prend-elle au sérieux?
- Grâce à une intense collaboration, notamment avec la Chancellerie d'Etat, l'Office cantonal de la culture et la Conférence de coordination francophone (COFRA), le CAF a pu exprimer ses souhaits et faire entendre la voix des francophones du district bilingue de Bienne dans les domaines susmentionnés. Il s'est peu à peu imposé comme un interlocuteur institutionnel crédible et reconnu au sein de l'administration cantonale et dans la région. Le CAF et ses membres exercent aussi une fonction représentative en participant à des manifestations dans toute la région, donnant ainsi un visage aux francophones de Bienne.
- Quelle est la situation actuelle des francophones du canton de Berne? Sont-ils satisfaits de leur sort?
- Grâce à la LStP, le canton de Berne s'est doté de deux organes qui lui permettent de recenser et de prendre en compte les besoins de sa minorité francophone. Il appartient à la population du Jura bernois de s'exprimer au sujet de sa satisfaction, de faire valoir ses revendications. La situation du district bilingue de Bienne est particulière, car le CAF, contrairement au CJB, n'est pas défini par un territoire. Il recense les intérêts de la population francophone du district sans pour autant faire abstraction de la majorité alémanique. L'exercice de sa participation politique consiste avant tout à prendre position lorsqu'il est consulté sur les affaires qui concernent la population francophone. Il est un organe original qui satisfait la population francophone.
- Quelles prochaines batailles allez-vous mener?
- Le CAF continuera sur cette voie et entretiendra les liens établis avec ses différents partenaires pour affronter les défis de la prochaine législature: étude complémentaire sur les liens entre Bienne et le Jura bernois, bilinguisme de la nouvelle Préfecture de Bienne, rapports avec la Ville de Bienne, réorganisation des sites de la HEP-BEJUNE, Centre de formation professionnelle Berne francophone (CEFF, ex-CPJB), politique culturelle et relations avec l'Office de la culture, mise en place de la Conférence régionale, révision de la LEAC, etc. Loin de toute politique partisane, le CAF entend poursuivre un travail de fond, pour jouer le rôle d'une plate-forme d'information et de défense des intérêts des francophones de Bienne.
- Vous vous êtes dotés d'une politique culturelle... Quelle est-elle?
- Le CAF a élaboré un document intitulé Lignes directrices pour l'exercice de la participation politique du Conseil des affaires francophones du district bilingue de Bienne (CAF) dans le domaine culturel afin de préciser les critères qui le guident lors de l'exercice de sa participation politique dans le domaine culturel. Dans cette perspective, le CAF définit ce qu'il entend par «bilinguisme» (cf. art. 1, al. 2 de la LStP) afin d'éviter tout malentendu lors de ses propositions ou de ses prises de position. Le document est publié sur le site du CAF: www.caf-bienne.ch. En encourageant les créations et les manifestations en lien avec la culture romande et francophone ou avec les acteurs culturels francophones du district bilingue de Bienne, il souhaite renforcer l'offre culturelle à caractère romand de ce district et contribuer à son rayonnement.
- Vous vous impliquez également dans la question jurassienne. Quelle est votre position?
- Il est important de rappeler que la politique extérieure des deux communes du district est du ressort de leurs conseils municipaux respectifs. Par conséquent, le CAF, dans la question de ses liens avec le Jura bernois et la Question jurassienne, ne peut en aucune cas faire cavalier seul, même s'il compte parmi ses membres des représentants des exécutifs de ces deux communes. C'est la raison pour laquelle la Délégation biennoise aux affaires jurassiennes (DBAJ) a été créée. La position de cette dernière est claire. Les autorités du district bilingue de Bienne confirment leur politique de neutralité active dans la Question jurassienne. Cette neutralité active institutionnelle implique que les représentants politiques du district bilingue de Bienne ne se prononcent pas sur l'une ou l'autre des deux pistes évoquées dans le rapport de l'AIJ (nouveau canton à six communes ou Statu Quo+), laissant ce soin à la population du Jura bernois. En revanche, la neutralité active implique que le CAF et les conseils municipaux de Bienne et d'Evilard entreprennent toutes les actions nécessaires à la défense des intérêts de la population du district, en intégrant la problématique biennoise dans la réflexion sur l'avenir de la région. Les autorités susmentionnées insistent sur la nécessité de prendre en considération le district de Bienne dans la discussion.
- La population ne vous connaît pas très bien. Qu'allez-vous entreprendre pour gagner en visibilité?
- Grâce à une présence adéquate dans les médias, le CAF s'attachera dans la prochaine législature à informer la population de la région de manière plus précise. Il ne s'agira pas d'augmenter les interventions, mais de mettre l'accent sur les affaires importantes. Les Lignes directrices (voir ci-dessus) seront présentées au public intéressé de manière officielle lors d'une manifestation qui aura lieu à la fin de l'été. Le CAF entretiendra aussi des contacts réguliers avec les organes ou les personnes susceptibles d'avoir recours à lui.
Propos recueillis par Christine Werlé
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