Et si tout à coup on devenait pauvre?
La pauvreté existe en Suisse. Elle concerne une personne sur dix. Partie de Berne, l'exposition itinérante «Si jamais» sillonne les villes suisses pour dénoncer un phénomène caché et ignoré. Rencontre avec Dorothée Guggisberg, secrétaire générale de la Conférence suisse des institutions d'action sociale (CSIAS), qui a lancé le projet.
- Qu'est-ce qu'il y a dans cette exposition? Qu'est-ce que le public va découvrir?
- Au travers de différents objets, le public pourra découvrir à quoi ressemble la pauvreté en Suisse, et comment des personnes dans la précarité peuvent vivre toute la journée avec des moyens limités. Des bénéficiaires de l'aide sociale apportent leur témoignage. Dans un jeu vidéo, on peut faire des achats avec les 960 francs par mois du forfait pour l'entretien de l'aide sociale. Il y a aussi des panneaux qui expliquent ce que les représentants de la politique et de l'économie entreprennent pour lutter contre la pauvreté.
- Qu'avez-vous voulu montrer avec cette exposition?
- 2010 est l'année européenne de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Avec cette exposition, la CSIAS voulu rendre visible la pauvreté en Suisse. D'un côté, les personnes qui reçoivent l'aide sociale peuvent s'exprimer au travers de cet événement, et de l'autre, l'aide sociale peut présenter son travail. «Si jamais» est une exposition itinérante qui sillonne une vingtaine de villes en Suisse.
- En termes de revenu, quel est le seuil en-dessous duquel on tombe dans la pauvreté?
- En Suisse, il n'existe pas de définition officielle et unique de la pauvreté. La CSIAS se base sur trois éléments pour définir le minimum vital: ce dont on a besoin pour sa subsistance, le loyer et les soins médicaux. Pour une personne seule, nous comptons 960 francs pour les besoins de base. Cela comprend les frais de nourriture, d'hygiène, de journaux etc. A cela nous ajoutons les coûts médicaux et le loyer et nous arrivons à une moyenne de 2'200 francs.
- La pauvreté n'est pas visible en Suisse, contrairement à ce qu'on voit dans les pays voisins. Pourquoi, d'après vous?
- En Suisse, la pauvreté ne signifie pas seulement «survivre», notamment en raison de notre système d'assurances sociales qui est bien développé. C'est un phénomène qui doit être pris en considération dans sa globalité. Etre pauvre ne signifie pas seulement manquer de moyens matériels, mais aussi de perspectives d'avenir, de formation et de contacts sociaux.
- La Suisse cache-t-elle ses pauvres ou sont-ce eux qui vivent retirés parce qu'ils ont honte?
- Les pauvres ne sont pas «cachés par la Suisse» et ils ne se cachent pas non plus expressément. Mais, en général, ils se retirent dans l'anonymat. Celui qui est pauvre vit dans l'incertitude, dans des conditions de travail et de logement précaires. Le maigre budget du ménage ne lui permet pas d'activités de loisirs. Se battre continuellement avec des moyens limités occupe toute sa journée, ce qui a des effets négatifs sur la santé.
- Est-ce que les pauvres veulent qu'on parle de leur détresse?
- Les bénéficiaires de l'aide sociale ne sont pas un groupe homogène. Beaucoup ne veulent pas parler ouvertement de leur vie. Certains en revanche estiment important de parler des causes de la pauvreté et trouvent le courage de se manifester publiquement.
- Dernière question: pourquoi avoir appelé l'exposition «Si jamais»? C'est très mystérieux comme titre...
- Le titre de l'exposition est un jeu de mots en allemand, où l'exposition s'appelle «Im Fall», pouvant signifier «en tombant» et «au cas où». Tout le monde peut tomber un jour dans la précarité et dépendre de l'aide sociale, par exemple après une séparation ou après la perte d'un emploi. Mais «au cas où», il existe un système pour aider à sortir des pires situations de détresse.
Propos recueillis par Christine Werlé
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